Jour 54 depuis cette chambre 105

Jour 54/ Jeudi 21 mai 2020. 06h30

04h27. C’est l’heure à laquelle ces ballonnements m’ont encore réveillé.

Hier j’ai demandé à mon psychiatre de gérer ce rendez-vous pour cette coloscopie dont je vous ai causé ici il y a deux jours. Je suis sûr que c’est parce que je mange tous les jours des laitages mais bon, ma mère m’a rappelé que je n’avais plus vingt ans, que j’étais bel et bien né après la chute du mur de Berlin et que, dans la famille, les problèmes intestinaux sont légions.

Trop hâte.

Du coup j’imagine un peu ce rendez-vous comme mon premier plan cul sans prod depuis deux mois bientôt. Une sorte de méga préliminaire, de vidange, de curetage, de frottis, de nettoyage au Kärcher de mon colon. Moi qui ai dû faire trois lavements dans ma vie sexuelle puisque dans 99% des cas je suis actif : ravi de me faire enculer par l’hôpital public sous peu.

Je vais peut-être commencer par cesser tout net les laitages, aussi, nan ? C’est bien mignon d’être certain que les yaourts et les petits suisses à la fraise quasi quotidiens me bousillent l’intérieur, moi qui n’en mange jamais chez moi (aucun laitage sauf le fromage), mais ce serait davantage mignon voire carrément joli peut-être même éventuellement pas si couillon d’arrêter d’être crétin et de privilégier les légumes. C’est comme le pain. J’en mange quatre à cinq fois plus que d’habitude. Trop malin, Bilou, la malice.

Résultat : je me muscle chaque jour un peu plus avec le renforcement musculaire, je ne bois plus une goutte d’alcool, je n’allume pas vraiment plus de Marlboro Light qu’auparavant, je ne fume plus de shit, j’ai le nez dégagé comme François Bayrou du gouvernement Macron, et j’ai le bide qui gonfle, qui ballonne, qui me réveille, et, ce qui commence sérieusement à me faire chier : je continue de ne pas parvenir à chier.

Et Bilou la malice préfère se faire mettre par le Ministère de La Santé plutôt que d’agir intelligemment. C’est que, se priver de TOUS les plaisirs, c’est chiant, et les petits suisses à la fraise, c’est trop trop bon, je vous jure. Même que j’en prends double portion parce que Calixta me balance les siens depuis sa table sans que Fatou, Adama ou Jocelyne y voient quoi que ce soit. La débrouille, mon frère. Même pas vous pouvez test mon deal de petits suisses à la fraise, les gens. Nan mais sans déconner, c’est un peu chiant la privation, hein, on va pas se mentir. C’est sain, c’est bien, c’est courageux, c’est remarquable, c’est héroïque si vous voulez mais qu’est-ce que c’est chiant putain. Tellement chiant de se priver de tout d’un coup que t’en chies plus du tout alors que -putain- t’en as bien chié pour passer de l’impossible à l’insupportable, et puis de l’insupportable à l’envisageable, et aujourd’hui de l’envisageable à la possibilité de se priver de toutes ces merdes qui facilitaient ton transit vers une mort forcément un tantinet précoce. T’en as bien chié donc t’en chies plus, c’est ça le projet ? Euh… Wait.

Vous savez de quoi j’ai envie là tout de suite maintenant ? Une putain de bonne et belle et très odorante gastro-entérite. Oh putain je donnerais tous mes slips Le Slip Français à trente cinq balles pièce pour me chier même dessus comme quand j’étais gamin. Rien à foutre de l’affiche : j’ai plus honte, plus honte de rien, je l’ai connu la honte et c’est fini la honte, car je vais bien, car je veux vivre, et non pas assumer ni avouer, simplement vivre et pour moi vivre aujourd’hui là tout de suite maintenant, et bah ça commencerait par une bonne vieille diarrhée de derrière mon fardeau, une bonne chiasse explosive qui rendrait dingue la fosse sceptique du Bois-Joli, un bon gros caca comme font ces nouveaux-nés dont on se demande « Mais comment un si petit être si beau et si innocent peut produire tout à coup une telle merde », d’une puanteur inattendue, cette merde liquidasse qui a giclé jusque par delà la couche, par delà le body estampillé « Ici c’est Papa qui change mes fesses » offert par le grand-père goguenard le jour de sa naissance, « putain regarde ce petit truc qui vient d’arriver au monde va m’obliger à repeindre les murs j’y crois même pas putain cette odeur il y a en a partout mais c’est quoi ça ? j’ai pas signé le livret de famille pour ça putain putain putain ! ».

Voilà.

Ça.

Vous voyez ?

Je veux ça.

Et merci de me faire nouveau-né-qui/pue avant que je rencontre celui qui m’emmènera danser sur Sylvie Vartan hein. Parce qu’avec le cul bordé de nouilles que j’ai, tu vas voir que c’est ce jour-là que je vais me chier dessus pour de bon et faire tout capoter. Fais chier la bite, putain.

Je ne mettrai pas du tout sur le compte de l’arrêt du Valium et de l’Imovane, mon réveil aux plus qu’aux aurores de ce matin, donc. Mais bel et bien sur celui des petits suisses à la fraise. Harro sur les petits suisses à la fraise.

Je veux chier tranquille. Je veux chier grand.

Je veux cesser de prétendre faire crisser mes Stan Smith lorsque tout à coup, alors que je rattrape une balle de smatch irrattrapable, mon colon se met à siffler ou couiner alors qu’on lui a rien demander, de quoi je me mêle on t’a sonné Ducon le Colon dégage de là reviens plus tard tu pourras jouer de la trompette et faire péter tout l’orchestre quand je serais assis sur mes chiottes tout à l’heure à pousser comme si j’allais accoucher de toute cette merde accumulée depuis des mois voire des années et qui finira bien par sortir parce que hors de question d’avoir fait tout ce chemin pour finir par avoir la sensation d’héberger tous les personnages d’Il était une fois la vie qui feraient une manif dans mon moi profond.

Nan nan. Moi je veux chier. Je veux chier tranquille. Je veux chier grand.

Alors aujourd’hui ma décision est prise.

Et j’en fait la promesse ici.

Devant témoins. Devant les deux du fond qui ricanent comme des enfants parce qu’on parle caca alors que je vous rappelle que tout le monde chie, hein, tout le monde (sauf moi, donc, merci, super, vive le gouvernement Macron, génial) !

Après l’arrêt de l’alcool, du shit, de la 3mmc, du GHB, du Valium, de l’Imovane : dès aujourd’hui j’arrête les petits suisses à la fraise ! Je le jure sur la tête de tous les nouveaux-nés d’aujourd’hui et sur celle de mon ami Fabrice dont c’est l’anniversaire ce jeudi. Chuis sûr qu’il a un transit parfait, lui. Fais chier putain, ras l’cul de cette injustice.

Il est sept heures du matin. Nicolas Demorand et Léa Salamé reçoivent le PDG de Danone. Comme par hasard. ‘Commencent à m’faire chier à recevoir n’importe qui, ces deux là, aussi. Les deux du fond ? Wwo ! J’vous cause ! Merci d’aller leur botter le cul. Right now. Chuis sûr que ces deux-là n’ont aucun problème de constipation.

Injustice.

Monde de merde.

Bonne journée.

Bon caca à vous.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

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