Jour 41 depuis cette chambre 105

Jour 41/ Vendredi 08 mai 2020. 22h31

Aujourd’hui il y a des nouveaux confiné.e.s qui sont arrivé.e.s. Dont un mec plutôt pas mal du tout. Comme le coin fumeur des confinés se trouve pile-poil face à la table de ping-pong et que comme par hasard je me suis retrouvé du côté où je n’avais aucune chance de me concentrer sur les balles bah du coup je me suis concentré sur le gars qui fume beaucoup en regardant, concentré, la table de ping-pong. Les eyes-contact c’est casse-bonbons pour remporter un match. Du coup j’ai perdu. Mais j’ai bien bien vu ses yeux qu’ont bien bien vu les miens. Ce qui était déconcertant c’est que j’envoyais sans cesse la balle bien au-delà de la table et qu’il m’a fallu à plusieurs reprises aller la chercher du côté des confiné.e.s dont nous sommes séparé.e.s par de la rubalise de chantier. Un moment j’ai quand même fini par envoyer un putain de smatch qui a éjecté la balle juste de l’autre côté de la rubalise après avoir rebondi correctement sur la table de mon adversaire like a queen ball. J’avais donc marqué enfin un point et m’apprêtais à en gagner un second, puisque, étant de l’autre côté de la rubalise, j’ai donc dû demander de l’aide à l’un.e des confiné.e.s. Et je me suis dit oh et pis tiens si je demandais à ce mec-là puisque de toute façons ça fait un bon bout de temps qu’on se matte alors faisons connaissance. J’avais besoin de son secours afin qu’il ramasse la queen ball et me la remette en main propre de sa propre main à lui puisque c’est bien evidemment à lui que j’ai demandé ce service avant de reprendre le mien dans le match.

« Skuze me c’est l’Allemagne de l’Est. Est-ce que l’Allemagne de l’Ouest veut bien ramasser la balle à Bilou et lui déposer délicatement dans la paume de sa main pendant que Rostropovitch déboulerait d’un coup d’un seul avec son violon pour ambiancer notre premier hand-contact ? ». « Pas de problème, camarade », m’a répondu le gars. Putain la voix qu’il a. Je suis très sensible aux voix. Enfin en tous cas j’en suis sûr depuis qu’il a dit « Pas de problème camarade ». Et puis il faut bien reconnaître que « camarade » est un bien joli mot. Camarade s’est baissé, pliant ses longues jambes enfermées dans un jean beaucoup trop moulant pour empêcher le craving qui tout à coup m’a chopé comme Angela Merkel a chopé la Chancellerie pendant ces mille dernières années. Pendant que ses longues jambes descendaient vers la queen ball je tendais ma main à travers les deux bandes de rubalise et je crois bien que j’ai commencé moi aussi à bander alors que Rostropovitch accordait son violon. Camarade ne m’a pas quitté des yeux pendant qu’il pliait tout son corps et son sweat à capuche vers les graviers où la balle s’était réfugiée. J’étais toujours là, immobile, bras tendus, la demie molle naissante sous mon short en nylon, lequel hoppefully supportait un slip qui rendait du coup la situation un peu moins gênante. Mais quoi de plus bandant qu’un mur qui s’écroule entre deux peuples camarades ?

Rostropopo a commencé à jouer quand Camarade a passé sa main par dessus le mur de Berlin du Bois Joli et a délicatement déposé la balle dans la paume de ma main qui était moite comme Manuel Valls en meeting. Toujours sans me quitter des yeux qu’il a d’un bleu je vais pas dire Azur parce qu’on va m’attaquer pour Leïla Slimanisme, il a déposé la balle dans la paume de ma main et je jure que j’entendais les oiseaux dans la cour tout autant que le violon de Rostro et popopo comment j’ai rougi comme un couillon au moment où la balle a glissé de ma main alors qu’il venait d’y déposer la première pierre de notre réunification. Camarade s’est de nouveau baissé sans me quitter des yeux en ajoutant un petit sourire qui disait très clairement et pas en allemand parce que je suis nul en allemand « Dis-donc Bilou t’es tout rouge oder Valls ? ». J’ai bégayé « Danke Schön » sans quitter ses yeux Slimanesque et Rostropovitch m’a raccompagné jusqu’à la table de ping-pong où j’ai fini de prendre la rouste du siècle par un mec né après la chutte du mur de Berlin et qui normalement aurait dû perdre pour des raisons évidentes de je suis son aîné. Y a plus de respect.

C’est la deuxième fois depuis que je suis au Bois-Joli que je vis ce genre d’épisode qu’on appellera « séduction pour damoiseau naïf et vierge de tout » alors qu’il y a encore six semaines j’étais de ceux qui n’aurait pas porté de slip sous son short et aurait direct arraché la rubalise avec les dents. C’est vraiment bien ce truc de la séduction. Cette petite fleur bleue ou rouge communiste qui vous fait suer des gouttes de testostérone qui ne vous conduisent pas immédiatement et compulsivement vers l’acte sexuel à deux ou tout seul mais vers la patience et la promesse éventuelle d’une partie de ping-pong ensemble un peu plus tard quand Camarade à son tour sera déconfiné. Je n’ai pas eu ce besoin irrépressible d’envoyer Rostropovitch à Pôle Emploi en le remerciant d’un « Skuze me Catherine Lara, mais là il faut que je cours chambre 105 pour me branler parce que Camarade m’a fait suer comme jaja ». Nan. La demie-molle est repartie comme elle était venue avec ces mots chuchotés à mon prépuce « Calm down, Federer, un jour viendra peut-être où avec Camarade je reviendrais droite comme un I et fière comme une chancelière allemande face au reste de l’Europe, mais pour l’heure, tu finis ta partie quand bien même tu vas te faire niquer parce que tu continue quand même à penser comment se serait de le faire avec lui. »

Alors j’ai perdu ma partie mais pas le contrôle de cette pulsion qui m’habite quotidiennement depuis bien trop longtemps et dont les prods se sont fait un malin plaisir de la multiplier à l’envi. J’ai géré l’envie et Rostropovitch m’a applaudit. J’ai perdu mon match de ping-pong mais pas la partie qui consiste à focaliser toute mon attention sur le soulagement de mes parties à moi dès lors que je croise un mec qui immédiatement possède un potentiel de séduction baisable auquel je suis sensible.

Je crois bien que les groupes de parole de chemsexeurs m’ont appris que bien avant d’être addict à la 3mmc ou au G, je l’étais au sexe, tout simplement. A la jouissance qui ne souffre pas l’attente, la frustration, les promesses, les fantasmes et les râteaux aussi. La consommation de Grindr, avant les chems, était déjà bien problématique quand bien même je préférais me leurrer en nommant ça ma « liberté sexuelle politiquement anti-hétéro-normative-et-multi-partenariale-et-vous-allez-rien-faire-d’autre-que-de-m’envier-vous-les-monogames-accros-au-missionnaire ».

En fait je (re ?) découvre les sensations mignonnes et excitantes-juste-ce-qu’il-faut en lieu et place de « actif TBM cherche plan now ». Avec les mecs tout du moins, parce qu’avec les filles ça a toujours été une autre histoire. Des autres histoires, d’amour, celles-ci, et de sexe aussi bien sûr, hein : je rappelle au deux du fond comme je l’ai rappelé à mon père la semaine dernière que je suis bisexuel et que ça suffit avec vos moues douteuses sur cette sexualité qui n’est pas un concept ni une excuse mais bel et bien une réalité. La mienne. So shut up and listen to me et puis pour votre peine les deux du fond vous me traduirez « So shut up and listen to me » en allemand.

Les prods n’ont fait qu’accentuer cette addiction au sexe. Et d’une certaine manière, j’ai la sensation que d’avoir tout arrêté depuis 41 jours m’a offert le grand luxe de passer par cette trouille insupportable -qui n’aura duré finalement que les trois premières semaines, cette flippe que, sans prods, ma libido reste ad vitam aeternam en berne comme le drapeau allemand le 08 mai 1945 et que le retour petit à petit à la possibilité d’une sexualité épanouissante me soit tout bonnement impossible à recouvrer. Mais l’émoustillement Rostropopo, comme l’épisode avec Stéphane la fois dernière, m’a persuadé qu’il m’était possible et même super jouissif de bander de nouveau sans nécessairement courir dans les premières latrines ou applications venues pour me soulager. Soigner et caresser son precum. Maintenir un tantinet l’équilibre entre le désir et la baise compulsive, entre le fantasme et la branle sauvage.

Avoir envie d’aller boire un verre en terrasse avec Camarade ou Stéphane au lieu de proposer aux deux d’un coup un plan à trois.

Du coup, elle réouvrent quand les terrasses, les gens ?

Nan parce que là je boirais bien un Perrier citron, même seul, avec Rostropovitch dans les oreilles en jetant des regards sur les garçons qui passent sans poser au serveur d’un coup de tête qui navigue d’est en ouest en écartant les bras et sans même dire un mot, cette question que l’on pose tous et toutes quand on va boire un verre et à laquelle ledit serveur répond invariablement « au fond à droite » et où, la plupart du temps, je ne me contentais pas simplement de pisser les trois ou quatre pintes de bière que j’avais avalé pour me mettre en condition.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

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