Jour 37 depuis cette chambre 105

Jour 37/ Lundi 04 mai 2020. 20h21.

Crevé. Chuis créve putain. Pourtant j’ai bien dormi. La matinée (enfin son tout début) avait parfaitement commencé. J’ai pris ma douche avec mon désormais We Are The World à fond les ballons même que je suis pas loin de choper la tonalité de Cindy Lauper enfin presque.

Stéphane m’a dit « Au revoir Chéri » avec son accent du sud sans manquer d’ajouter qu’il trouver mon polo marinière « hyper bien », ce à quoi j’ai répondu « tu veux partir avec?  » il a dit « chiche » j’ai archi répondu « pas chiche du tout » parce que j’ai pas encore assez géré les cours de renforcement musculaire et que je suis sûr que Waïba, qui tient l’accueil d’une main de fer, m’aurait immédiatement fait virer de la clinique alors que Stéphane n’était pas encore prêt à m’emmener avec lui. Il m’a sourit. J’ai rougis. Waïba a rien dit. Il est parti. Et depuis le parvis d’où je le voyais avec sa valise dans son Jean Levis moins bien coupé que le mien mais j’en avais tellement rien à branler, il m’a fait ce signe avec ses deux doigts de la main droite plantés alternativement dans la paume de sa main gauche. On se textote ? J’ai fait un signe de tête écrevisse, Waïba a décroché le téléphone qui sonnait à l’accueil « Clinique du Bois Joli j’écoute » et je suis allé petit-déjeuner.

Tout commençait donc comme dans un film de pas Woody Allen mais plutôt genre Nothing Hill et la Julia Roberts que j’étais tout à coup s’est installée avec son café à côté de ce mec dont je vous ai déjà parlé et que j’avais découvert lors de notre premier groupe de parole Chemsex, l’autre, là, qui dit pas Bonjour ni Merci et qui fait une gueule de genre ma vie est mille fois plus dure que la votre même si je ne porte que des chemises Armani. Y avait Calixta en face, et, Calixta ma copine ancienne pute accro à l’héro, j’aime bien p’tit-déj avec elle. Alors du coup je me suis Julia Robertisé à côté du dépressif-plus-que-les-autres pour avaler mon premier repas de cette journée 37.

Le gars causait journalisme avec Calixta et étalait sa science. Vous voyez ce genre de mecs qui usent de mot de plus de dix-huit lettres pour dire « cul » ou de phrases interminables pour tenter de déguiser un propos minable ? Vlà t’y pas que Jean-Michel Ma Vie Est Un Enfer Pire Que Le Votre, se met à parler du Bondy Blog, journal en ligne qu’il faut lire un point c’est tout, et le dude lâche qu’il « n’apprécie guère ce type de presse communautariste faite par une catégorie de personnes qui ne s’adresse qu’à elle-même ». Ok, donc, déjà, toi, tu lis pas le Bondy Blog. C’est clair. Ça commence bien. Attends. J’arrive. Je sucre mon café d’abord (oui, je mets du sucre dans mon café et vous allez rien faire). J’avais pas encore beurré ma deuxième tartine (sur laquelle -astuce- je mets désormais du sel, parce que oui ! j’avoue, il m’a fallu plus d’un mois pour avoir cette idée de génie -que je n’ai même pas eu puisqu’on me l’a soufflée, en vrai : mettre du sel sur du beurre doux et bah ça fait du beurre salé. Youhou. De rien. C’était mon tuto du jour), j’avais donc, disais-je, pas encore beurré ma seconde tartine que l’autre me titille avec son « j’aime l’objectivité journalistique par dessus tout ». Mdr. Donc le gars a cru que le journalisme était une science exacte. Okok, Billy.

Bon.

Oui.

Evidemment. Je l’ai plié en sept, direct. Et des sept péchés capitaux je ne sais pas si c’est l’orgueil ou la colère qui a été le plus touché en lui. En tous cas c’était sûrement pas la gourmandise, puisqu’après mon intervention, le gars a fermé sa grande bouche et s’est levé, me laissant beurrer ma seconde tartine avec Calixta en face qui m’a fait « wwo comment tu y allé direct Bilou, là, wwo ». Bah quoi ? J’avais juste posé une question, une seule : « du coup tu parles des noirs ou des arabes ou des musulmans ou des trois en même temps, là ? J’ai pas bien compris ». J’ai horreur des pédés de droite. Je crois que je préfère de loin les homophobes hétéros de gauche (enfin si ils sont homophobes ils ne sont pas de gauche, on est d’accord).

Vous connaissez la phrase de Jean Genet ? « Si quand les nègres sont persécutés, tu ne te sens pas nègre, si quand les femmes sont méprisées, ou les ouvriers, tu ne te sens pas femme ou ouvrier, alors, toute ta vie, tu auras été un pédé pour rien ».

Bah l’autre baltringue est un pédé pour rien. Fin du game. Genet aurait pu s’abstenir d’employer le N word by the way mais c’était une autre époque vous me diriez, ma petite dame. Cette autre époque changée pour la notre où les flics appellent désormais les noirs « Bamboula » parce que « c’est pas bien méchant » ou les arabes « Bicot » parce que ces mecs payés par nos impôts et dont le job est d’assurer la sécurité de toutes et tous les citoyen.ne.s ne savent même pas qui est Malik Oussékine. Je déteste les flics et les pédés de droite comme les pédés qui se disent de gauche mais qui sont de droite puisqu’ils emploient les termes tout pétés de « communautaristes » ou  »indigénistes ». Quand il s’est levé je lui ai lancé « Hey, cadeau : demainlefeu.fr, film gratuit que tu peux télécharger et dans lequel, oh surprise ! tu vas voir le travail d’un arabe athée et d’un noir musulman qu’ont la moitié de ton âgé et qui sillonnent La France entière, cette France que tu situes à Bondy, donc, si j’ai bien pigé, Jean-Michel Prof De Géo ? »

Ahhh. J’étais bieeeen. J’adore être intolérant avec les intolérants. Je kiffe laisser passer quedchi à ces coucouillasses qui pensent qu’avec leur vocabulaire soigné ils sont exemptés de cette vulgarité crasse qui pue la bêtise et l’inculture. J’étais tellement chaud que j’étais à deux doigts d’ajouter « fais pas la gueule, mec, on peut avoir des divergences de point vue mais pour ça il faudrait déjà que tu recouvres la vue, que tu puisses regarder les choses telles qu’elles sont et non pas telles que tu les vois. Voir ce n’est pas regarder. Open your eyes and shut your fuckin mouth. Vraiment, lui, je préférais quand il disait ni Bonjour ni Merci. Suce-t-il bien les bites au moins ? Je me le suis demandé en finissant ma deuxième tartine. J’ai posé la question à Calixta qui a fait la moue en finissant son yaourt. Ouais. On était d’accord. Chuis sûr que c’est le genre de mec à trouver ça dégueu de mettre de la salive sur les queues alors que bon, on est bien d’accord qu’une pipe sans (beaucoup,hein, pas un peu) de salive, c’est comme du beurre sans sel ? De rien. Ça fait deux tutos en une journée. Service, les gens.

Bref. Dix minutes plus tard Calixta m’a plié au ping-pong. Mathurin m’a annoncé qu’il partait demain. Là j’avoue j’ai eu un pincement au cœur qui n’avait rien à voir avec mon slip tendu d’hier avec Stéphane. Et puis je suis allé dans cet atelier d’écriture où après avoir écouté une musique imposée par Manuela, « Human » de Rone (splendide son), elle nous a demandé d’écrire un texte, sous la forme que l’on voulait. Et je ne sais pas pourquoi, mais ce morceau magnifique m’a tout de suite fait pensé à vous trois, dont deux, je le sais, me lisez ici chaque soir ou presque. Alors j’ai écrit un truc en vingt minutes comme on tire un trait d’un seul trait sur ces années de galère qui ont été les vôtres et qui sont désormais derrière vous puisque depuis plus de trois mois vous vivez, je crois, un truc magnifique, même si c’est crevant, qui s’appelle élever un enfant. Promis, ce texte, je vous le lirai dans peu avec le son de Rone derrière, comme une chanson que je vous dédidacerais, à toi mon amie, et à toi mon ami, et à elle, votre enfant. Sisi, c’est bien de vous dont je parle. Je sais bien que vous vous êtes reconnu.e.s. Enfin, les parents, parce que pour ce qui est de la petite : merci de l’éloigner du journal de Bilou jusqu’à au moins ses dix-huit ans, hein.

Et quand j’ai lu le texte à voix haute et qu’en finissant, les trois femmes qui étaient présentes dans l’atelier pleuraient, pour de vrai, j’étais surpris. J’avais cru écrire un truc joyeux mais qui ferait pas chialer les meufs comme ça. L’une d’entre elle m’a dit : « J’aurais tellement aimé que ma mère m’écrive un truc pareil ». Une autre m’a demandé, et je vous jure que c’est vrai « excuse-moi c’est peut-être indiscret, mais as-tu transitionné ? Es-tu un homme trans ? ». Et là je me suis dit que non seulement je n’avais pas parlé ni écrit sur moi, mais qu’en plus j’avais pris en quelque sorte ta place à toi, ma pote (cis et pas trans), la place de la femme dans le récit, même pas la tienne à toi, mon pote, alors que comme toi je suis un homme et qu’il y a peu encore je n’aurais pas osé « parler à la place de » comme si c’était systématiquement voler la parole de l’autre alors que l’écriture c’est évidemment prendre la place de l’autre, même si l’autre c’est toujours un peu soi. Flaubert se prenait bien pour Madame Bovary alors que franchement il n’avait pas le physique d’Isabelle Huppert. Et ça m’a fait du bien de m’offrir cette liberté-là. Comme si je faisais de plus en plus quelques pas de côté en laissant de plus en plus ce qui me collait trop à la peau depuis des mois : me my self and my addictions. Enfin il n’en reste pas moins que j’ouvre toujours et encore ma grande bouche. Mais ça va. Si c’est pour fermer celle des pédés de droite et célébrer le bonheur tout nouveau de mes ami.e.s de gauche ça me va. Ca me va très bien.

Vraiment.

Il est pas badass sur cette photo, Genet, en vrai ?

(Ah ! Et au fait ! Ça faisait un petit moment que je voulais vous le dire : vos commentaires et vos questions, le matin au petit déj, après m’être fait plié au ping pong, ou après avoir plié un pédé de droite, ça fait zizir. Vraiment. Alors merci aussi pour ça. Kissou les loulous.)

Bilou.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

3 commentaires sur « Jour 37 depuis cette chambre 105 »

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