Jour 36 depuis cette chambre 105

Jour 36 / Dimanche 03 mai 2020. 22h29.

TRIGGER WARNING, les enfants : ce soir ça va causer masturbation et Woody Allen. Drôle de combo, j’avoue.

Attachez votre ceinture.

Perso j’ai pas mis cinq minutes à courir jusqu’à la chambre 105 pour détacher la mienne, de ceinture. Celle qui maintenait mon Jeans Levis 511 après qu’il m’ait dit qu’il « m’allait super bien avec cette chemise ». Il était 16h30, c’était l’heure du goûter et Adama avait déposer sur mon bureau ces quatre biscuits au chocolat, puisque, oui, nous avons droit aussi à un goûter everyday. Comme j’avais participé à la séance cinéma proposé par Manuela et que je n’étais pas dehors avec les autres, ni dans ma chambre comme les autres autres étaient dans la leur, Adama donc déposé mon goûter sur mon bureau.

La discussion qui avait suivi la diffusion de Zelig de Allen, pendant laquelle je rongeais mon frein comme mes ongles quand j’étais plus jeune, m’avait un peu tendu, je suis direct sorti de la salle de projection maison pour aller fumer trois Marlboro d’affilée dans le jardin. Manuela qui est définitivement une perle -je change d’avis si je veux quand je veux c’est mon jeu- ramène chaque dimanche son vidéo-proj, ses enceintes, ses dvd et c’est parti pour celles et ceux qui le souhaitent : maximum 8 places parce que c’est pas non plus Mk2 Beaubourg, hein. C’est quand je me suis levé de cette chaise de jardin pour écraser la troisième garrot que Stéphane m’a fait cette critique sur mon Levis alors que j’étais donc de dos, debout, devant lui qui était resté assis puisque le cendrier se trouvait à une place où il avait donc tout loisir de me mater le cul pépouze. Et comme j’étais toujours tendu de cette conversation qui a suivi la projection du film qui date de 1983 et qui, en 2020, raisonne de manière très perverse quand on sait ce qu’on sait de Woody Allen, et bien ce « il te va bien ce Levis avec ta chemise » m’a turlupiné (jeu de mots jeu lourdaud) d’un coup d’un seul vlà t’y pas que de tendu tout court je suis devenu tendu du slip.

Zelig, pour celles et ceux qui ne l’ont pas vu, est un film de Woody Allen. Si vous l’avez pas vu bah faites autre chose que de le regarder parce que le bougre s’amuse à se mettre en scène dans des situations très cocasses qui peuvent rester amusantes (pour quelques unes parce que franchement on va pas se mentir c’est pas son tube hein ?) si on ne sait pas qu’il a abusé sexuellement de sa fille adoptive, Dylan, qu’il a eu avec Mia Farrow, lorsqu’elle avait 7 ans -ce qu’il dément, tout comme le frère de Dylan, adopté lui aussi, Moses, qui, lui, accuse sa mère, Mia Farrow donc, de maltraitance et d’avoir poussé une troisième fille adoptive du couple au suicide. Donc on va dire que Woody « aurait abusé » si vous préférez. Woody vit désormais avec la première fille adoptive que Mia avait eu avec un autre homme, Soon-Yi Previn ( c’est le prénom de la première fille adoptive de Mia, pas de l’homme avec qui elle l’a adoptée, vous me suivez ?). Soon-Yi Previn a quarante-deux ans de moins que son ex beau-père pas vraiment adoptif qui est donc devenu son mari aujourd’hui, et avec qui elle-même a depuis adopté deux enfants. Mia avait -ou « aurait » si vous préférez- trouvé des polaroids nue de Soon-YI dans les affaires de Woody lorsqu’elle avait douze ans. Ça va toujours ? Vous suivez, les deux du fond, là ? Mia avait donc demandé à Moses de surveiller de près Woody quand il était en présence de Dylan. Drôle de demande d’une mère faite à un fils à peine plus âgé que sa sœur, j’en conviens. Dylan a donc raconté il y a peu les attouchements, les abus sexuels du père adoptif alors qu’elle avait sept ans. Moses, qui la « surveillait » à l’époque, à la demande de Mia donc, a démenti, comme Woody him self evidemment. Et tout ça serait donc une vengeance, selon Moses, de Mia, puisque Woody a quitté Mia pour épouser Soon-Yi, la donc toute première fille adoptive de Mia qu’elle avait eu avec un autre donc (ça va toujours ou je sonne pour que l’infirmière de garde gentille comme tout ce soir vous rapporte un Valium du fond du couloir, les deux du fond ? ). Soon-Yi que Woody aime appeler sa femme-enfant.

Le comble -êtes-vous ready pour ce comble ?- c’est que c’est Ronan Farrow, le fils de Woody Allen et Mia Farrow -qui en réalité serait le fils de Franck Sinatra avec qui Mia continuait d’avoir une liaison pendant sa vie maritale avec Woody -et là sans déconner y a vraiment pas photo si je puis me permettre l’expression tellement Ronan a la facette du chanteur et pas du tout celle du bigleux- qui a déclenché l’affaire Weinstein, puisqu’il est journaliste, laquelle affaire Weinstein a déclenché le mouvement #MeToo. Ouais. J’avoue. Moi aussi comme vous j’ai fait « wwwwoo ».

Même Woody Allen dont on sait qu’il aime mettre en scène ses « névroses » n’aurait pas imaginé tel scénario. Il a visiblement -ou « aurait » si vous préférez- expérimenté cette étrange et malfaisante façon de vivre avec sa fille et celle de son ex, donc, plutôt que de tenter de nous en faire rire. Bref. Tout ça pour dire que Despentes est revenue dans ma tête et pas dans mes rêves et me hurlait « Hey mec ! Tu fais quoi là, tranquillou Bilou à rire (j’ai ri, j’avoue, mais un peu, juste un peu, parce qu’en plus franchement ça vaut pas Manathan) ?  » Je vous jure que je l’entendais, Virginie : « Au lieu de te lever et de te barrer jouer au ping-pong ou lire Sénèque histoire de continuer à apprendre à vivre plutôt que de te contenter de rire devant l’oeuvre d’un artiste dont il faudrait -l’expression est désormais aussi célèbre que DSK qui continue de se faire des couilles en or avec les conférences qu’il donne à travers le monde- séparer l’oeuvre des abominations qu’il a -ou « aurait » si vous préférez- commises ?! ». Je suis donc resté jusqu’à la fin de la projection et ai pris la parole en premier au debrief pour exprimer mon gros gros malaise devant ce film quand on sait ce qu’on sait et que je viens, pour celles et ceux qui ne savaient pas encore, de raconter dans la plus grande des clartés, avouez.

Les sourcils et les yeux trop nombreux qui se sont tout à coup levés vers le plafond de la salle face à ce qui n’était encore qu’une interrogation à base de « ça vous met pas un peu mal à l’aise, vous ? » ont, je dois bien l’avouer commencé à me tendre. J’ai donc réexpliquer pour celles et ceux qui savaient pas ce que je viens d’expliquer ici, clairement. Avouez. Avec la précaution du conditionnel quand bien même il apparaissait assez évident que j’avais comme une envie folle de faire manger le vidéo-proj à cette femme cultivée qui se vante de l’être presque H24 -et que même figurez-vous que ça ne me gêne pas du tout qu’elle s’en vante parce que ses anecdotes sont croustillantes, elle qui a bien connu, petite, Sartre et Beauvoir, qui a même été « abusée par un prêtre mais qui s’en est remise parce que par ailleurs il s’agissait d’un homme pieux et d’une grande sagesse » (sic). Cette dame qu’à la vérité j’aime beaucoup et qui est ici pour soigner son alcoolisme depuis plus de quatre mois, tout à coup m’a répondu « Ah ok, on va recommencer avec cette histoire que tu as lu dans Gala, alors qu’on vient d’assister à un chef d’oeuvre d’auto-dérision réalisé par un génie qui n’a pas peur d’affronter ses démons, parfait ! ». La discussion qui s’en est suivie m’a fait bouillir et je me suis souvenu de toutes ces dernières conversations à ce sujet avec mes ami.e.s, mes parents, mes collègues, où non seulement je bouillais, mais je buvais pour bouillir plus encore, avant d’aller expulser toute cette rage accumulée dans le sexe parce que jouir fait débouillir.

Sauf que là j’avais pas de whisky, pas de 3mmc, pas de G, pas Grindr, pas de couteau, mais ma bite et des Marlboro. Et surtout cinq semaines de soin derrière moi qui m’ont appris à faire quelque chose d’autre de cette colère. Un truc comme une petite bulle de protection combinée à une respiration ventrale qui fait « lalalalalala » dans ma tête quand on m’explique que « Pendant qu’on y est on va brûler les livres de Céline, c’est ça qu’tu veux ? » et que je me contente de rappeler dans le plus grand des calmes qu’il paraîtrait qu’Hitler était un peintre pas si médiocre avant de fermer ma grande bouche parce que je ne débat plus sur le sujet et que le point Godwin c’est toujours l’assurance que le game est plié, même mal. Je suis en accord avec moi-même, j’ai plus le temps, perdez le votre si vous voulez à vous branlez la nouille sur Allen et Polanski, moi j’ai juste fumé trois Marlboro et me suis branlé tout court après la réflexion adorable de Stéphane.

J’avais dépassé le craving. D’ordinaire, et depuis deux ans, j’aurais grave chauffé Stéphane et il serait monté en 105. Ce qu’il cherchait, dans le fond, j’l’avais bien vu, on m’l’a fait pas, quand il a dit ce qu’il m’a dit sur mon Jean Levis, devant les six ou sept personnes autour de nous qui lui ont fait remarqué que sa réflexion était un peu « olé olé », ce à quoi j’ai répondu « hey ho hey ho de quoi j’me mêle laissez-le il a le droit je suis consentent ». Clin d’œil. Petit sourire. Et puis voilà Stéphane qui nous lâche. « Bah oui en fait je crois que je suis bi ». Le gars est là depuis trois jours, avec nous, les déconfiné.e.s, après 14 jours chez les confiné.e.s, où depuis le petit bout de jardin qui leur est réservé je l’avais déjà repéros me mater quand je jouais au ping pong et j’avais pressenti, malgré son virilisme exacerbé du mec qui vient de Marseille et ne parle que de foot et de pétanque (il y a toujours un peu de vrai dans les clichés, nan ?), que ce n’était pas juste mon fuckin revers qu’il observait derrière sa paire de Ray-Ban. Le gars ajoute : « Ouais en fait je le dis j’ai pas honte hein, j’ai une copine mais je crois que je suis bi. Enfin j’ai encore rien fait juste un petit bisou avec un pote un soir un peu bourré mais je crois que je serais pas contre un peu plus, parfois j’ai envie de tenter le coup. »

Ok donc là Bilou était complètement rebilouté comme jaja et s’est permis d’enchaîner : « Et du coup t’es plus branché Teddy ou moi ? ». Teddy qui ne se démonte pas mais, je crois, préfère se faire démonter -enfin je dis ça je dis rien- a éclaté de rire et a enchaîné : « Alors, Stéphane, Bilou ou moi ? ». Et Stéphane, tranquille : « Plutôt Bilou, j’aime bien ton style ». Il a dit ça droit dans mes yeux. Voilà. Ayé. Ma troisième clope était finie d’être écrasée et j’ai remercié le Dieu du dressing de m’avoir soufflé l’idée de porter ce Jean Levis ce matin-là. Non seulement parce que du coup le gars m’avait trouvé stylé mais surtout parce que si j’avais joué au Ping-Pong au lieu d’aller choper le seum devant Woody, bah j’aurais mis cet unique short en nylon que j’ai emmené ici et tout le monde aurait du coup vu que je bandais comme un dingue. J’ai prétexté que j’avais ce coup de fil à passer à ma tante et que c’était bien dommage parce que j’aime partager à l’heure du goûter de charmantes conversations toutes en retenue avec les hétéros-curieux et j’ai donc filé en 105 pour déchargé mon seum qui était devenu mon sperme.

Bordel. Que ça m’a fait du bien. Moi qui avais peur de ne plus jamais pouvoir bander normalement sans prod, de ne plus être en capacité de me laisser envahir subitement par le désir sans chercher à le chercher absolument alors qu’il n’est pas là. Même si j’avais déjà retrouvé ma libido depuis quelques jours, il y avait dans cette envie irrépressible-là de me masturber à l’heure du goûter, quelque chose de l’ordre de la première fois retrouvée. Celle du tout début. J’avais douze ans tout à coup. Et c’est beau la branlette quand on a douze ans. Enfin même après c’est beau et c’est bon et c’est bien, hein. Mais là c’était comme ce truc du vite fait hyper bien fait ni vu ni connu je jouis et puis oh my fuckin Dionysos comme tout va mieux tout à coup.

Ce soir j’ai mangé à la table de Stéphane qui m’a filé son Facebook et même son 06 et m’a carrément appelé Chéri avant d’appeler la sienne qui l’attend à la sortie de son train demain. Parce que demain Stéphane quitte la clinique. Mais c’est pas grave. C’est même pas décevant. Encore moins triste. C’était un jeu. Un jeu de séduction. La séduction que je ne connaissais plus depuis bientôt ces deux années où j’étais devenu un automate du cul sous prods. C’était joli, même. Et même si ce soir, à l’heure où j’écris ces dernières lignes, je ne serais pas contre l’idée qu’il vienne frapper à la porte de la chambre 105 ou qu’il m’envoie une dick pic, bah ça va. J’ai douze ans. Je suis un peu tout rouge aux joues sous ma barbe de quarantenaire. Et Woody Allen peut bien aller se faire foutre. Il ne touchera pas ces douze ans-là de son polaroid.

Tchao, Stéphane ! Rentre bien, mec ! Tu m’as fait bander de ouf. Maintenant je vais me relire en mangeant ces biscuits qui traînent toujours sur mon bureau tellement j’avais mieux à faire que la manger à l’heure du goûter tout à l’heure.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

2 commentaires sur « Jour 36 depuis cette chambre 105 »

  1. Whaou c’est comme s’il y avait soudainement une éclaircie, un rayon de soleil après tant de gris… C’est un plaisir de lire ce nouveau message si différent, si prometteur ! J’en suis heureux pour toi ! A demain alors !

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