Jours 21,22,23,(pas 24),25,26,27,28 et 29 depuis cette chambre 105

Jours 21 jusqu’au 29ième sans passer par le 24ième qui à la vérité porte le numéro 19 dans ce journal qui défie les lois du temps parce que c’est moi le chef/

Dimanche 26 avril 2020. 21h58.

Quand j’ai décidé, le Jour/10, de reprendre tout depuis le début et d’auto-fictionner un peu mes dix premiers posts, j’ai par la même occasion, bousculé le concept même de journal qui se veut donc quotidien comme son synonyme l’indique. Et comme je n’ai ni le luxe de Leïla Slimani ni le temps de Wajdi Mouawad puisque je rappelle au deux du fond qui ne suivent plus depuis un bail que je ne suis pas confiné pépouze mais en cure de désintoxication, j’ai donc des journées qui sont faites de rencontres avec des psychiatres, des psychologues, des art-thérapeutes, des psycho-motriciens, des vitamines à prendre, des anti-dépresseurs à avaler, du Valium si besoin, des Marlboro Light à fumer, des petits déjeuners complets, des déjeuners complets, des dîners complets, des stories Instagram à réaliser, des lettres de Sénèque à relire, ma famille à appeler ma famille à rassurer ma famille à aimer à distance ma chambre à faire tous les jours parce que je ne suis pas à l’hôtel même si le personnel est d’une disponibilité à nul autre pareil, des larmes à ravaler, des cris à étouffer, de la colère qui s’évapore enfin et qui laisse place à un inconnu émotionnel perturbant mais pas déplaisant, des Tik Tok à faire pour amuser mon fils et ses potes qui ne likent pas assez à mon goût mes performances alors que Only Pina Bausch Can Judge me et toute ma famille d’ici, mes toxipotos, à qui il faut dire bonjour merci ça va tiens le coup force à toi ça va aller on est des warriors on va y arriver viens là que je te mette ta race au ping-pong et puis des tests urinaires des fouilles de chambre des tests sanguins la température deux fois par jour et même des cours de théâtre aka drama-thérapie dont je m’abstiendrai de parler ici puisque ma formation professionnelle m’enjoint à faire preuve d’humilité quand bien même il est absolument certain que le Qi Gong, la relaxation passive, les ateliers de lecture et d’écriture, les groupes de paroles autour des voyages ou des loisirs, le renforcement musculaire matinal sur le parking, le Yoga, et l’écriture de ce journal sont d’évidence bien plus curatifs et sensés à mon humble avis prétentieusement expérimenté que ces improvisations auxquelles j’ai pu -oh my fuckin Dionysos, pardonne-moi, Gros- assisté et même participé. Mais chut là-dessus, Bilou. On poucave pas les comédiennes qui ne travaillent pas et se sont reconverties dans la volonté de transmettre ce qu’elles croient avoir saisi de l’art drama pour sauver des personnes en souffrance quand bien même elles auraient d’évidence préféré jouer Phèdre à la place de Dominique Blanc chez Chéreau plutôt que de demander parfois autoritairement à Christiane l’alcoolique adorable et cultivée ou à Kevin, chômeur, dont les prénoms de ses quatre enfants sont tatoués sur ses avant-bras et qui jusqu’ici fumait 100 grammes de shit par semaine, de jouer la colère puis la tristesse puis la joie puis le dégoût puis la peur, puisqu’il paraît que se sont les cinq émotions cardinales du théâtre et qu’il paraît même, donc, que des émotions se jouent. Pas merci Louis Jouvet, Antoine Vitez, Jean Vilar ou les profs de théâtre des écoles nationales d’aujourd’hui de nous avoir parlé de situations, d’enjeux, de texte, d’écoute, de dialogue, alors que mimer c’est gagné était tout simplement la leçon essentielle à retenir et à exécuter face public devant vos camarades de jeu avant de se lancer dans des impros interminables qu’on appelle « un film » et qui consistent à jouer des personnages pour « sortir un peu de soi afin de mieux se retrouver ». Hasthag j’ai donc appris un truc que mes vingt-cinq ans de pratique de jeu d’acteur et de transmetteur m’ont invité à balayer de mon meilleur revers de pongiste amateur puisque moi on m’a toujours dit – et bien suûûûûr que je dis toujours à mon tour et sans détour- que : bien sûr que non, on ne joue pas la colère, ni la tristesse, comme on ne joue pas un peu rouge ou un peu bleu avec une touche de violet pour faire plus contemporain que classique et que jouer l’impatience ce n’est pas regarder sa montre qu’on a pas parce qu’on n’en porte pas en levant les yeux au ciel et en soupirant appuyé contre un mur qui représenterait la paroi d’un arrêt de bus en tapotant du pied gauche compulsivement. Comme dans la vie en fait, nan ? Qui fait ça ? Ce serait prétentieux, un peu méprisant voire carrément méchant de ma part de développer mon analyse de cette séance thérapeutique qui donc, je le rappelle, appartient au domaine du soin, même si déso mais pas déso du tout c’était du grand n’imp’ et il faut avoir à mon toujours aussi humble avis expérimenté une méconnaissance totale de ce qu’est l’art drama (thérapire ?) pour mettre Christiane ou Kevin dans des situations pareilles sans jamais pour le coup utiliser le mot « situation » mais je dis ça je dis rien puisque, comme me l’a fait remarqué l’intervenante ce jour-là alors que je jure sur la tête d’Eschyle que j’avais tourné ma langue 7000 fois dans ma bouche avant de prendre la parole en fin de séance pour le debrief : « Bilou, je comprends parfaitement vos remarques, mais ici il faut que vous appreniez à désapprendre ce que vous croyez savoir, on est dans le ludisme, une chose que vous, les professionnels de la scène, vous avez oublié à force de jouer des rôles et de ne plus être vous-mêmes ! lâchez-vous ! ». Et bien voyez-vous, c’est à ce moment précis que j’ai compris les bienfaits de la respiration, de la pleine conscience et de la relaxation passive, à défaut de quoi, il y a un mois encore, je rejouais derechef la scène de Série Noire où Patrick Dewaere aka Franck Poupart tapait sa tête contre une voiture qui était peut-être bien une 4L dans laquelle tournait en boucle la chanson de Brassens « Le temps ne fait rien à l’affaire ».

Anyway. Tout cela fait que je n’ai pas pu tenir le rythme de ce journal comme je le souhaitais, vous pouvez donc considérez que ce post-là intitulé « Jours 21 jusqu’au 29ième sans passer par le 24ième qui à la vérité porte le numéro 19 dans ce journal qui défie les lois du temps parce que c’est moi le chef » est un hebdomadaire. Bienvenue dans mon Téléramoi. Après la page critique culturelle que vous venez de lire et à laquelle vous l’aurez compris je n’ai donc mis aucun T, nous allons passer à la rubrique « A suivre de près la semaine prochaine, on va rentrer dans le lourd ».

La semaine prochaine, nous allons donc, au jour le jour, revenir à ce pour quoi vous vous êtes abonné.e.s à Téléramoi, à savoir : Bilou, sa bite et les prods. Trigger Warning : on va être concret. Âmes sensibles, restez là. C’est pas sale, mais juste salement dangereux. L’épidémie qui nous enferme toutes et tous depuis plus d’un mois maintenant n’a pas permis à l’équipe médicale du Bois Joli d’organiser rigoureusement le protocole classique destiné aux chemsexeurs. Nous serons 6 ou 7 parmi la quarantaine de toxiopotos à pouvoir enfin nous réunir et échanger lors de groupe de paroles avec deux psychiatres addictologues qui font partie des rares compétents en la matière puisque je rappelle que le chemsex est une pratique, pas si nouvelle que ça, mais qui depuis, disons deux trois ans, se propage dans les milieu gay et bi et plus largement chez les HSH de manière fulgurante et inquiétante (HSH : hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes donc -confère Jour 12/ pour les deux du fond qui commencent à me fatiguer à ne pas suivre alors que je suis archi limpide). Aucune étude sérieuse à l’heure qu’il est est capable de comptabiliser le nombre de cas de comas, de dégâts psychotiques irréversibles et de décès que cette pratique « récréative » a pu créé à ce jour. A l’heure qu’il est, ce dimanche 26 avril au soir, à savoir right now 22h37, des tas de gars sont à poils avec des seringues dans les bras, des pailles dans le nez, du détergent pour laver les jantes des 4L, de la Tina ou autres types de drogues de synthèse livrées pour certaines d’entre elles en deux jours dans ta boîte aux lettres après trois clics sur l’Internet même pas Darkweb, et ce depuis vendredi soir. A l’heure qu’il est, et même en confinement, ce genre d’activité à lieu, tout comme des partouzes s’organisent aussi entre hétéros qui ne sont pas exempts du grand n’importe quoi, entendons-nous bien. Mais la particularité du chemsex ce sont les chems, la drogue, et que, on le sait, un sevrage forcé et contraint peut conduire à des suicides et c’est la raison pour laquelle, ne nous leurrons pas, ces soirées persistent et saignent encore par les temps qui sont figés. Il y a aussi ceux qui consomment seuls devant du porn, risquant le g-hole (coma dont hoppefully on revient la plupart du temps mais au bout de plusieurs heures) alors que personne n’est là autour, même perché, pour leur venir en aide. Il faut malgré tout noter la vigilance active et militante du milieu qui sur des applis comme Grindr ou Hornet mettent sur leur profil #RestezChezVousBordel. Stopper sa conso ne peut venir que de soi et pour cela il faudrait d’abord réaliser que le seuil récréatif a été dépassé ce qui peut prendre un temps certain. L’arrivée soudaine du confinement imposé a forcément créé des situations de panique qui ont amené des chemsexeurs à organiser des confinements peu orthodoxes où pour un soir ou deux ou trois ou… combien de jours d’affilée quand après tout on est au chômage technique, qu’on a du matos, des voisins pas loin qu’on connaît comme pratiquants et qu’on peut easy se retrouver pour baiser sous prods ? Parce que je parle ici d’addictions. Pour les sept du fond qui lèvent déjà les yeux au ciel en mode « mais quelle bande d’irresponsables ces pédés ! » merci de retourner sur le blog de Wajdi Mouawad ou celui de Léïla Slimani : ici on ne juge pas, on constate, on prévient, on tente de comprendre, de se sortir du cercle infernal, et, ne vous en déplaise, de sauver des vies, même si on parle de gens qui, vous l’aurez compris, ne se sucent pas la bite avec des masques et n’utilisent pas de gel hydroalcoolique en guise de lubrifiant.

Demain lundi 27 avril, donc, commence une nouvelle étape de ce journal. Je continuerai à parler du quotidien, des camarades, du personnel, de la beauté rare de cette humanité abîmée avec qui je suis heureux de partager sans jugement et dans la confidentialité nos expériences, nos ratés, nos jouissances, nos besoins, et nos cravings. Je continuerai aussi de vous parler de Sénèque si j’ai envie et de Whitney Houston si ça me danse. Je poursuivrai cette analyse un peu bordélique de la situation dans laquelle je me suis fourré et qui m’a conduit à en fourrer plus d’un, toujours dans le consentement, car, je le rappelle, si nous ne sommes pas des anges, nous faisons ça la plupart du temps dans le respect total de l’autre (la plupart du temps, j’y reviendrai, sur les enculés, aussi, tkt) parce que figurez-vous que les chems ont cette vertu perverse de développer une qualité bien trop rare dans notre monde contemporain, qui s’appelle l’empathie. On se perche et on s’aime. Hey ouais, les gens, le saut à la perche est un sport individuel, la baise à la perche, une pratique bien souvent collective, une team qui veut jouir ensemble et joyeusement mais parfois un peu trop à l’insu de son plein gré pour développer la métaphore sportive pour les quatre pédales du fond qui ont compris que je parlais aussi vélo tout à coup parce que je fais ce que je veux.

A demain, donc, et n’hésitez pas à parrainer vos ami.e.s pas moralisateur.ice.s, vos connaissances curieuses d’un monde inconnu qui pourront découvrir un peu -et selon le point de vue de Bilou qui ne prétend pas détenir la vérité sur le sujet mais tenir la sienne à bout de bras- les mécanismes qui conduisent à l’addiction au chemsex. Ces bras qui désormais sont bien décidés à embrasser et faire l’amour loin de ces prods qui lui ont certainement fait, depuis deux ans maintenant, jouer un rôle comme on s’appuie contre un mur prêt à s’écrouler et dont on voudrait faire croire qu’il est cet arrêt du bus dans lequel on finira par monter pour faire le tour de Paris, Lyon, Strasbourg ou Nice, avec pour seuls co-voyageurs, des potes jouisseurs empathiques et bien montés, alors qu’on est seul comme un con à improviser sans cette montre au poignet puisqu’on a perdu déjà trop de temps quand bien même il n’est pas encore trop tard pour cesser d’improviser n’importe comment.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

4 commentaires sur « Jours 21,22,23,(pas 24),25,26,27,28 et 29 depuis cette chambre 105 »

  1. On juge d’autant plus facilement qu’on ne connaît rien au sujet. Et on considère souvent SON addiction plus normale que celle des autres qui font vraiment portnawak.
    Je vous lis avec grand intérêt. Puisse-t’il me grandir cet intérêt.

    Aimé par 1 personne

      1. Désolé
        Je voulais dire que ne connaissant quasi rien au chemsex j’ai tendance à le condamner. Ce témoignage me permet d’être éclairé. Et ainsi de me sentir moins minable.

        Aimé par 1 personne

      2. Ah ok ! Merci 🙏🏽.
        C’est un milieu très peu connu et dont je livre une vision très subjective (et en plein seuvrage… alors bon….) mais il y a plein d’articles intéressants sur le sujet notamment sur le site de Komitid ! 👌🏽

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :