Jour 15 depuis cette chambre 105

Jour 15/ Mardi 14 avril 2020. 23h42.

Il y a un truc que je trouve vraiment super sur Twitter, c’est ce qu’on appelle les Trigger Warning aka l’acronyme TW. En gros, il s’agit de prévenir la personne qui s’apprête à lire ton post que son contenu est potentiellement sensible et pourrait heurter la sensibilité de quelques un.e.s voire carrément réveiller des traumatismes. Une mise en garde bienveillante qui permet à celles et ceux qui n’ont pas la force, l’envie ou l’humeur de lire 280 caractères secouants, de passer à autre chose et de cliquer sur un autre tweet ou thread -le thread étant une suite de tweets dans laquelle on développe en 280 caractères multipliés par autant de fois que l’on veut, un sujet, une pensée, une vanne ou même parfois seulement des photos de chats ou des citations de Raphaël Enthoven. Pour ce dernier exemple de thread on pourrait éventuellement prévenir nos followers comme ça : [TW pensées Lidl] suivi des dites pensées du gars qui soûle tout le monde sur Twitter à part les aficionados du Printemps Républicain, la bande de Manuel Valls qui se dit de gauche parce que laïque mais qui l’est autant, de gauche, que Jordan Bardella, quand on lit bien ce qu’ils cherchent à nous dire derrière leur badge estampillé Je Suis Charlie. Pardon, mes Vallsistes sûrs, j’aurais du mettre un [TW mort du PS] avant de parler de votre héros qui -Inch Dionysos- continuera encore pour longtemps à vendre des churros sur la Rambla de Barcelone depuis qu’il s’est pris cette branlée bien méritée, plutôt que de revenir chez nous en rajouter une couche, nous qui sommes déjà bien à plat à l’heure qu’il est.

Well. Bref. Je m’égare. Je digresse. Je m’éparpille.

Encore que, quand j’ai vu le tweet de Valls suite à l’intervention de Jupiter, je me suis demandé si Manu consommait aussi. Comment peut-on avoir une envie si soudaine et précipitée de pratiquer la fellation avec autant d’engagement et d’endurance sans être sous prod ? Vous voyez ? Il est là le rapport : on va considérer les usagers de drogue que sont les chemsexeurs comme des pervers, des malsaints, des gens à fuir, des cinglés qui n’ont aucun équilibre potentiel, des obsédés du cul dont on ne veut rien savoir de leurs pratiques, mais on ne voit pas où est le problème à réaliser que le plus gros suceur du moment est cet ancien Premier Ministre qui a anéanti la gauche du temps où on parlait encore de la gauche. La gauche devenue si moralisatrice. Cette fameuse morale qui s’érige en pratique politique et qui fait que nous, chemsexeurs, nous nous prenons parfois pour des résistants, persuadés que si nous jouons avec notre santé c’est d’abord que nous jouons des coudes et des codes, nous qui affirmons que si l’envie sucer nous vient, ce n’est pas pour obtenir égoïstement un poste d’où l’on proclamerait autoritairement l’état d’urgence et des 49/3 an veux-tu ou pas en voilà. Et que c’est pour le bien de la nation. Non. On a l’humilité de se mettre d’accord sur le fait qu’on va se faire du bien ensemble, dans le consentement, nous, les estampillés pestiférés pour les abonnés de L’amour est dans le pré. Oui, on aime le cul. Oui nous sommes des jouisseurs. Oui même à plusieurs et -la plupart du temps- dans un consentement et des règles établi.e.s par nous-mêmes, loin de vos dictats qui datent de la nuit des temps et qui imposent aujourd’hui encore à vos femmes d’écarter les jambes quand elles n’en ont aucune envie et qui s’appelle le devoir conjugal. Faut-il rappeler que la plupart des viols ont lieu à l’intérieur des maisons familiales ? Faut-il redire que l’archétype du mec qui va abuser de sa femme, de sa fille, de son fils ou des trois, ce n’est pas Guy George ou Jack L’éventreur, mais c’est ton père, médecin généraliste, ton beau-père prof de sport, ton oncle Roland, gérant d’un restaurant, ou ton cousin Vincent, agriculteur à la réputation irréprochable parce que bon travailleur ? Chez nous, les chemsexeurs -et je le répète : la plupart du temps- il y a du respect, des accords tacites, de l’empathie et bien sûr du désir partagé. Mais certainement moins de violences, d’abus, de viols, que dans vos maisons où, chaque soir, la famille se retrouve à table pour évoquer la journée passée pendant qu’il y en a une ou un dont la jambe tremble compulsivement sous cette même table en pensant à la nuit qui arrive..

C’est pratique, les tables, pour y cacher tout ce qu’on a au-dessous de la ceinture ou pour se griffer les cuisses jusqu’au sang sans que personne ne s’en aperçoive. Nous, souvent, on baise sur les tables, sans pudeur. Parce que c’est pratique pour les muscles et les os. N’importe quel ostéopathe honnête vous le dira. Que les prods nous aident dans un premier temps à nous désinhiber c’est une chose qui n’est pas condamnable ni immoral. Ça vous arrive jamais, les hétéro-héros, d’être un peu plus chaudes et chauds en revenant de boîte, après quelques shots de Tequila, le samedi soir, tard, de vous retrouvez au pieu, et d’oser même -oulalah- faire des trucs que vous avez hâte de partager avec vos copines même si ça vous fera rougir un peu, vous les meufs, et que vous, les gars, vous ne raconterez jamais à vos potes, parce que bon c’est bon là wwo j’étais bourré je l’ai même pas vu venir même pas senti venir le doigt de ma meuf dans mon cul quand elle m’a sucé ce samedi-soir où j’ai joui comme jaja ? Ça vous arrive jamais ? Really ?

Nos pratiques sexuelles ne sont pas sales. Nos partouzes ne sont sales. Nos plans à trois ne sont pas sales. Nos plans cam ne sont pas sales. Nos scénario domi-soumi ne sont pas sales. La pratique du fist-fucking peut se révéler pleine de sérénité.

Ce qui est sale, ce sont ces tables de cuisines sur lesquelles chaque soir vous passez l’éponge en prenant bien soin de ne pas vous apercevoir que l’une de vos filles ou de vos fils a laissé couler un peu de sang de cette cuisse qu’il ou elle s’est mutilé.e en pensant à la seconde partie de la soirée, quand tout le monde ou presque dormira.

Ce qui est salement criminel, ce sont les silences, les non-dits, les tabous, les mouchoirs immaculés que vous posez par-dessus les cuisses ensanglantées de vos enfants que votre mari, votre frère, votre voisin ou votre cousin ont écarté de force, avec votre assentiment, puisque se taire, c’est laisser faire, et laisser faire, être complice.

#MeToo est arrivé parmi nous ! Enfin ! Mais que de chemin reste-t-il encore à parcourir pour considérer que la sexualité peut et doit être un plaisir partagé sur lequel on peut mettre des mots, mêmes crus, et qu’elle revêt mille et une pratiques, comme les partouzes sous 3mmc ou les simples pipes que Valls fait à Macron. Et surtout : quel plus long chemin encore, reste-il à faire pour qu’on jette l’éponge une bonne fois pour toute, dans chacune de nos familles, puisqu’on le sait désormais : on a toutes et tous un père, un frère, un oncle ou un cousin qui sera toujours l’ordure à pointer du doigt et à criminaliser, lui qui n’a probablement jamais consommé de drogue en contexte sexuel, ni même voté Valls.

J’ai toujours lu les horoscopes du Havre Libre ou de Télé-Loisirs en levant les yeux aux ciel avec un petit sourire en coin, moi le branleur compulsif qui préférait me vautrer dans d’autres types de journaux comme Les carnets du sous-sol de Dostoïevski ou Les poèmes de Lautréamont, parce que, dans la hargne « avouée et assumée » de Maldoror, ou dans le mépris des autres que le narrateur des carnets nommait les « normaux », il y avait une tendresse infinie pour le genre humain que ni l’un ni l’autre ne supportaient de voir se gâcher à coup de mensonges, de non-dits, ou de petits arrangements minables qui font le sel de la vie de bien des gens qui ne finiront jamais en chambre 105 et à qui l’un et l’autre disaient : je me comporterai à mon tour et avec plus de maestria que vous, les normaux, comme une merde, car je n’ai pas peur de son odeur. Je déteste bien plutôt vos bombes aérosols à retardement qui dissimulent avec un parfum trop fort ce que nous avons toutes et tous en commun et que nous devrions embrasser ensemble : ce qui se trame dans nos entrailles une fois qu’on s’est bien gavé de la bouffe que bien souvent Maman seule à préparé : Mangia la merda ! comme le hurlait ce personnage de Pasolini, dans Salo ou les 120 journées de Sodome. Pasolini, ce génial auteur italien homosexuel anti-raciste et communiste -gageons que ça fait beaucoup pour les normaux !- qui fut assassiné à coup de barre de fer avant qu’on écrabouille chacun de ses os, roulant sur son cadavre avec sa propre voiture et dont on a fini par brûler à l’essence le peu de chair qu’il restait de cet anormal génial que les normaux avaient affublé de jolis sobriquets comme « sale pédé » et « sale communiste » mais dont ces abrutis n’auront pas abîmé une once de la poésie politique et gueularde du mec qui aujourd’hui encore donne un sens à celles et ceux qui ne se contentent pas de C’est-la-vie-on-peut-pas-changer-le-monde.com

Bélier : aujourd’hui, profitez du soleil pour sortir un peu de votre torpeur exagérée et peut-être rencontrer l’amour de votre prochain que par pudeur penible ou méfiance injustifiée -tant l’humanité est pétrie de bonnes intentions- vous fuyez depuis trop longtemps; ou bien apprenez un peu à faire quelques mouvements de gymnastique pour retrouver cette forme qui vous caractérisait si bien jusqu’à il y a peu et qui contentait tout votre petit monde mais que vous semblez avoir perdu à cause de balivernes que vous seul considérez comme fondamentales surtout si vous êtes du troisième décan. Allez allez , un petit effort et puis demain tout ira bien !

C’est vrai, après tout, ils sont insupportables, ces gens qui, avec des mots -de simples lettres collées les unes après les autres- non contents de plonger leur propre nez dans la merde, y entraînent ceux des autres, au lieu de se contenter de soupirer simplement devant cette humanité qui détruit la planète et ses congénères, qui viole les femmes et les enfants des pays en guerre permanente, dont ne sait pas trop où ils se situent sur la carte du monde, cette humanité qui fait de certains ses esclaves et d’autres ses gourous, enchaîne les réunions entre chefs d’état dont il ne sort jamais une seule mesure euphorisante pour la collectivité mais des bonnes blagues salaces sur ces ados neuro-atypiques qui ont le culot de venir expliquer que ce n’est plus possible de vivre comme ça ! Comme ils sont rabats-joie ces anonymes qui tous les jours viennent frapper à la porte d’associations subventionnées au rabais parce qu’ils ont eu « le courage d’avouer » leur anormalité sexuelle alors que François Hollande a tenu sa promesse avec le mariage pour tous et qu’ils avaient juste a fermé leur gueule de suceur de bite avant d’aller se marier discretos un jour où les normaux auraient aqua poney ! Qu’ils sont soûlants ces Blacks qui veulent plus qu’on disent Black et qui viennent nous expliquer que le colonialisme d’hier fait encore des ravages alors qu’Alain Mabanckou a reçu le prix Renaudot et que Michel Leeb c’était pour rire, hein, les peine à jouir ! Mais qu’est-ce qu’ils sont pète-couilles ces jamais contents de rien qui viennent H24, sous prétexte qu’on est normal, nous expliquer qu’on est des privilégiés alors que nous aussi on galère à trouver du gel hydroalcoolique dans les pharmacies du Marais. Et puis ces arabes qui se font soi-disant tabasser par la police alors que, comme par hasard, c’est toujours eux qui se font tabasser par la police alors que y a pas de fumée sans feu comme disent les normaux qui n’ont pas lu Baldwin mais n’ont aucun problème avec le fait qu’Eric Zemmour soit bientôt Prix Nobel de lucidité sociologique ! Et les meufs qui chialent all day long alors qu’on les laissent tranquilou bilou salir nos murs depuis six mois avec leurs phrases toutes faites comme si on savait pas que Marlène Schiappa était secrétaire d’état alors que Vincent Placé est sur le banc de touche ? Sérieux vous êtes relous de ouf à jamais vous réjouir : je vous rappelle qu’on a gagné la coupe du monde !

Alors tu vas t’y mettre aussi, Bilou, hein, et reprocher à la terre entière que c’est de sa faute à elle si t’es tombé dans l’alcool et le shit et le sexe entre gars sous prods. Déso pas déso mais je vois pas trop trop le rapport entre les Noirs, les Arabes, les femmes battues, les Centrafricains, les transphobes, grossophobes, lesbophobes ou tout ce-que-tu-veux-phobes, mon pote.

Concentre-toi. C’est pas normal ton discours.

J’avoue, c’est pas normal.

Et tu sais quoi ? Ça me va très bien : parce que ces anormaux-là sont mes frères et mes sœurs et je les embrasse et plongent avec elles et eux dans la merde, et parfois dans la came et dans le sexe, pour faire de notre statut d’anormaux quelque chose d’euphorisant, de communautaire, de politique. Parce que le chemsex est politique. Clairement. Et une politique qui a pour valeur l’empathie et le collectif dans une jouissance que la morale normale a étouffé comme la police de ce pays Adama Traoré. Et puis comme ça, avec ma carte de membre du parti des Chemsexeurs, je suis sur d’une chose : je ne m’y suis pas foutu tout seul, dans cette merde, qui, quand j’aurais fini de l’avoir bien inspiré, respiré, avalé, digéré, me fera voir, j’en suis sur, ce qui pousse en dessous pour l’heure et bientôt fera surface. Une belle fleur de lotus, bien plus exaltante que le parfum disparu de la rose de cette gauche socialiste qui soi-disant est la première alliée des anormaux. Et, si dans la bouche de beaucoup des normaux dont parlait Dostoievski, les mots BISEXUALITE et HOMOSEXUALITE sont enfermés dans la case non-dits, bien recouverts de ce parfum Air Wick Fleur de Lotus, je n’oublie pas, comme mes frères et mes sœurs, que c’est bel et bien de la merde et des eaux troubles dans lesquelles parfois on jette des cadavres comme ceux de Pasolini, de Malek Oussekine, ou de tous ces anormaux anonymes qui chaque jours ou presque sont poussés par la honte de leurs géniteurs ou par la leur propre, héritée de la normalité, que naissent justement ces fleurs au parfum vivifiant qui me font encore croire en la possibilité d’une justice qui n’a rien à voir avec la normalité ou l’anormalité.

Merde. 

Il est 03h01 du matin et je me rends compte que je n’ai pas mis de [TW normalité fragile].

Déso.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

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