Jour 14 depuis cette chambre 105

Jour 14/ Lundi 13 avril 2020. 19h55

Tu Aujourd’hui j’ai quitté cette chambre 105. Oui, aujourd’hui. Quinze jours à peine après y avoir mis les pieds. Pas mal nan ? Ça va beaucoup mieux, nan ?

Bah nan. Parce que si j’ai quitté la chambre 105 c’est juste parce que j’ai terminé la période de confinement imposée dès mon arrivée et que désormais je suis de l’autre côté de la clinique. De tout ce premier étage de la partie droite de la clinique du Bois-Joli, je suis le seul à ne pas avoir chopé le Covid 19. C’était toujours un peu particulier de passer devant la chambre 101, puis 102, puis 103, puis 104, y voir toujours cette même étiquette anxiogène collée au beau milieu de la porte qui signifiait clairement que le patient ou la patiente était encore plus confiné.e que moi qui étais là par mesure de prévention. Quand j’entrais avec mon badge dans la chambre 105, je voyais, sur les trois chambres du couloir qui restaient sur la droite, toujours la même étiquette. Seule la porte de la chambre 105 en avait été épargnée. Je comprenais pourquoi depuis quelques temps, Appolo Creed, comme on l’appelle ici, faisait autant de corde à sauter all day long : la seule permission des Covid 19 c’était de 22h à 22h45. Alors que nous devions tous et toutes les autres, être rentré.e.s à 22h. Perso j’avais jusqu’à lors eu le droit de sortir trois à quatre fois par jour genre 10 minutes pour fumer 4 ou 5 clopes que j’aspirais coup sur coup. Quant aux plus chanceuses et chanceux, l’espace extérieur, pas si grand, leur était accessible dès 07h du matin et jusqu’à 22h s’ils et elles le voulaient. J’ai donc passé quatorze jours dans cette chambre 105 et j’en ressors aujourd’hui, sans la nécessité impérieuse de porter ce masque à chacun de mes déplacements, et surtout : quand je veux. Mais honnêtement je commençais à bien les aimer, mes confiné.é.s : Teddy, ce grand guadeloupéen qui revenait d’un voyage spirituel au Tibet et avait eu le malheur, à son retour, alors qu’il pratique la méditation chaque jour, de passer par Barcelone et ses nuits. Chemsex aussi pour lui. Le seul avec qui jusqu’ici j’ai pu commencer à échanger sur le sujet. Gérard, ce baroudeur des métros, qui, quand on parlait voyages entre deux clopes, évoquait Château-Rouge et La Porte de La Chapelle comme Teddy ses ashrams. « Jamais compris pourquoi vous preniez l’avion alors qu’il suffit de prendre la 12 pour s’envoler ! ». Son truc à lui c’était le vin rouge dès le petit déj. Gérard n’arrête jamais de parler. Très fort. Au début il soûle grave et puis après, quand tu te réveilles le matin, tu sais que c’est une des voix que tu vas kiffer sentir venir percer tes tympans dans peu. Et puis il y aussi Sofian, qui parle pas, à part « Salut mon frère, bien ? » chaque matin. Et des femmes qui restent loin des fumeurs parce qu’elles ne supportent pas ça, sauf Noémie, qui a fait littéralement le tour du monde avec son mari qui l’a quittée il y a deux ans. Elle n’a plus jamais voyagé et avant d’arriver ici, en était à cinq litres de bière minimum chaque jour, elle qui n’avait jamais bu d’alcool avant la séparation et a une passion pour Virginia Woolf. On devine parfaitement derrière son visage bouffi par les médocs que Noémie était une très belle femme, plutôt bourgeoise vu comme elle tient sa clope, et très cultivée. Aujourd’hui elle met des plombes à articuler deux mots ce qui énerve toujours Gérard qui gueule « accouche » à chaque fois qu’elle a déjà fait l’effort de dire la moitié de cette courte phrase qu’elle voulait ajouter à la conversation collective. Et chacun de ces « accouche » fait toujours rire tout le monde, même Noémie qui du coup reprend la phrase depuis le début devant Gérard qui fait semblant de se taper la tête contre le mur de la cour en répétant « oh nan mais c’est pas possibleeee ! ». Même Sofian rit sous cape, dissimulant ces dents qu’à peine 35 ans, il n’a plus.

Dans cette nouvelle chambre que j’ai la chance de pouvoir me payer avec cet argent qui me sert à partir, comme chaque année depuis 10 ans, dans ce petit village de Sicile où je n’irai donc pas cet été (de toutes façons, qui va partir en vacances, les gens ? Qui ? A part peut-être Agnès Buzyn, j’vois pas ?!) j’ai été accueilli avec un bouquet de tulipes, des chocolats Léonidas et des sourires qui ne sont pas les mêmes que ceux du personnel dédié aux confiné.e.s mais qui ont en commun quelque chose que j’ai retrouvé : une vérité. La vérité des gens qui font -surtout aujourd’hui- un boulot qui consiste à te rendre, toi, l’addict, accro à autre chose que les merdes qui t’ont fait t’installer ici, un truc qu’on pourrait nommer la joie simple de vivre, et qui du coup font tout pour te rendre heureux et heureuses, du moins en chemin pour l’être, elles et eux qui parfois se tapent une heure et demie aller et la même au retour pour te servir la (bonne, même très bonne, je le répète !) bouffe de la Clinique du Bois-Joli. Anyway, j’ai beau aujourd’hui être ailleurs que dans la 105, ce sera toujours la 105, ma chambre. Parce que c’est en 105 que tout a (re)commencé.

Et j’ai découvert le restaurant de la clinique, les gens ! Popopo ! On est une quarantaine de malades et on a de place. Pas des couverts en plastique. Fatimata, Adama, Salima et Bagui qui nous servent, nous tapent sur l’épaule, nous font des blagues genre servir toute ta table (de 2, 4 ou 6, au choix) et puis une fois devant toi avec ton assiette prête à être déposée : « Ah bah nan en fait toi aujourd’hui j’ai pas envie, tu mangeras pas, allez bon appétit tout le monde ! » et Salima repart, avant de revenir évidemment, les yeux noirs pétillants et son sourire que tu devines derrière le masque que tout ce grand personnel doit porter mais que Mama Sarah, elle, ne porte pas, mais laisse glissé sous son menton au cas où la dirlo passerait. Tiens ! c’est qui elle, déjà ? Même pas je l’ai vue une seule fois en deux semaines ! C’est quoi ces gens qui t’accueillent chez eux sans t’accueillir ? J’en toucherai un mot ou deux cet été en Sicile à Agnès Buzyn : il faut d’évidence réinventer au plus vite le concept de hiérarchie, t’es pas d’accord ma belle ? Bref. Parlons des gens qui en valent la peine et ne ménagent pas la leur ! Mama Sarah ! Cette femme ! « Ici tout le monde m’appelle Mama Sarah alors je suis Mama Sarah et tu es mon fils, choisis-toi une place, mon fils. Tu as bien dormi ? » Et en plein mood collectif geste barrière, elle m’embrasse sur le front. J’ai cru que j’allais m’évanouir dans un lac de larmes de joie mais je pouvais pas : c’était la première fois que je rencontrais mes futurs nouveaux frères et mes nouvelles sœurs de misère hors confinement. Fallait que je me tienne ! Alors un peu de tenue et tu sais que quand tu sortiras d’ici tu serreras Mama Sarah dans tes bras en faisant quand même attention de ne pas y aller trop fort : cette frêle martiniquaise aux yeux d’un clair ahurissant fanfaronne que ça fait 43 ans qu’elle est Mama Sarah au Bois-Joli. Alors il faut prendre soin d’elle, même si on a toutes et tous compris que, ensemble réunis, on lui fera jamais autant de bien qu’elle prend la peine, chaque jour quand elle est là, d’en faire à chacune et chacun d’entre nous en prenant son temps. Pas le genre à dire à la cantonade « Bonjour tout le monde vous allez bien ? » et puis distribuer les plateaux en s’en balekant de la réponse. Non. Mama Sarah connait, dès la première minute où elle plonge ses yeux dans les tiens, tout ce mal-être qui fait que ses bras frêles qui tout à coup te prennent valent tous les anxiolytiques du monde. Des gens comme ça existent encore ? C’est tellement bon de s’en rendre compte par soi-même et de bénéficier de leur présence. A tous les coups je vais jamais vouloir sortir de cette clinique. Putain de bordel, ça y est je suis addict. En tous cas c’est sûr que c’est Mama Sarah qui devrait pouvoir partir en vacances en Sicile pendant que l’autre baltringue irresponsable (#OnOublieraPas) peut continuer à chialer sa sous-race dans Le Monde entre deux phrases mièvres de Léïla Slimani et trois indécentes de Wajdi Mouawad.

Moi je veux un portait en quatrième de couv de Mama Sarah dans Libé, et tant que ce sera pas le cas, on continuera de vivre dans un monde d’enculés qui ne sait pas que la prostate est un bel organe dont les vertus sont trop peu connues. Y Paraît même qu’un boloss anonyme, patient ici, a écrit à la direction que ça suffisait qu’Adama chante du Aya Nakamura en débarrassant les tables que certains ne sont pas en mesure de faire, certes, mais que d’autres s’estiment en droit de ne pas faire, comme s’ils étaient à l’Elysée avant un conseil des ministres, au seul prétexte qu’on est là pour être soigné. Hé. Mais. Frère. Un conseil : toi la pookie anonyme sans courage, tu balances pas des bails atroces comme ça à la dirlo parce que ce qui va finir par se passer, c’est qu’on va tous apprendre par cœur les paroles de Djadja, mon pote, parce que y a pas moyen, le monde du Bois-Joli est ti-peu, tu crois quoi ? Quand Adama m’a dit ça j’ai répondu « mais nannn c’est qui lui vazy, balance ! ». Adama a souri derrière son masque, calme, impérial, levant les épaules avec une moue qui disait j’pourrais l’balancer mais c’est pas mon délire. En tous cas reste bien dans ton sas, toi, parce que tu parles sur Adama mais y a R. En plus dois être le genre de pète-couille dont tout le monde se doute qu’en Catchana tu dead que dalle. Même sous prods.

On ne le dira jamais assez : les gens qui soignent sont les poumons de cette humanité qui n’en peut plus d’étouffer. C’est aussi pour elles et eux que je me dis que je n’ai pas le droit de rechuter une fois les soins, ici, terminés. Parce qu’après, ça va continuer encore un bail, Bilou, ton addicto te l’a dit : antidépresseurs et psy hebdomadaire à suivre après le Bois-Joli. Il faut ce qu’il faut. Quand il m’a reposé la question de cette médiation avec mes parents, à laquelle j’avais répondu ironiquement « mais bien sûûûrrr » il y a peu, j’ai pris le temps de respirer comme Rodolphe -le psychomotricien bègue- me l’a enseigné en deux-trois cours de ce Qi Qonq pour lesquesl j’essaie aussi de mettre un peu de côté ces commentaires acerbes dans lesquels j’aime tant me vautrer, et puis j’ai bredouillé un « pourquoi pas ».

Hier soir j’ai envoyé un sms à mes parents. Il et elle avaient prévu de partir une semaine au Costa-Rica début mai mais avec ce que nous a annoncé Macron, ce sera Costa-Raté. Du coup mon père : « ça va ? tu tiens le coup ? ». Et j’ai répondu calmement sans smiley « c’est en chemin » à quoi il a répondu « un beau chemin ». Bon. Bah ça avance, nan ? J’ai aussi pris des nouvelles de mon arrière grand-tante (je sais pas si c’est comme ça qu’on dit) qui va fêter ses 96 ans le 5 mai. 96 ans. Rendez-vous compte. Et comme elle les fêtera seule comme elle l’est depuis plus de 35 ans que son mari est mort et que son fils unique a disparu sans laisser de trace, je me suis dit que ce serait pas mal que toute la famille de mon père, dont c’est l’arrière tante (donc ?) m’envoie un petit truc, genre une vidéo, un poème, une photo, une chanson ou que sais-je, et puis je ferai un montage et puis je lui enverrai et puis elle n’aurait qu’à cliquer et puis tout le monde (et Dionysos sait si ça en fait du monde !) apparaîtra dans son Ipad dont un de mes cousins lui a appris à se servir depuis qu’elle a quitté cet Ephad, il y a maintenant plus de quinze ans, pour ce petit appartement dans cette résidence de Quimperlé où son aide à domicile-confidente-femme-de ménage-et-fille-unique comme elle aime à la nommer, lui rend visite et service et sourire tous les jours. J’ai donc fait une vidéo que j’ai envoyé à quarante-sept personnes très exactement.

Vidéo dans laquelle un moment donné j’ai craqué quand je leur racontais que ce matin au téléphone l’arrière-grand-tante (c’est comme ça qu’on dit ?) me disait, elle qui articule toujours aussi distinctement : « Et bien, ma foi ! Il était temps quand même, grand temps, qu’il cesse de parler de guerre mais parle un peu d’humanité, notre Président ! Moi qui l’ai bien connu, la guerre, je peux te dire que c’est bien différent de cette épidémie qui quand même provoque l’ennui et la déprime, surtout chez nous les vieux, mais je veux pas t’embêter avec ça , ne t’inquiète pas , je joue tous les matins au Scrabble en ligne avec ma vieille amie Léonie qui vit toujours du côté d’Antibes, tu sais, tu te rappelles de Léonie ? Et bien je vais te dire une chose, mon enfant : je l’ai enviée, toutes ces années, cette Léonie, avec son soleil d’Antibes, mais aujourd’hui qu’on est contraintes de rester chez nous, elle comme moi, je n’ai aucun problème à jouer au Scrabble en ligne depuis Quimperlé, hihihi ! ». Je l’aime beaucoup, mon arrière-grand-tante, Aimée. Elle qui porte un prénom qu’on ne lui rend pas assez, comme à tous ces vieux qu’on ne comptabilise même pas rigoureusement quand il s’agit d’annoncer le nombre de morts du Covid 19 chaque soir chez Delahousse que, désormais, dans ma nouvelle chambre, j’ai face à moi, sur un grand écran, quand je suis posé dans mon lit après le dîner que maintenant je prends donc au restaurant de la clinique, où, décidément on mange super bien (oui oui je sais je me répète et alors tu vas faire quoi ?) avec mes nouveaux camarades de galères bien décidés à ramer autant que moi pour rejoindre la rive de la vie sans produits.

Notre Odyssée à nous. Sans passer par l’île des Lotophages, cet épisode dans les aventures d’Ulysse où lui et ses potes font une pause comme on en fait une à Ibiza l’été pour se mettre bien : les lotophages consomment la fleur de lotos qui les perche et leur fait oublier qui ils sont et d’où ils viennent. Aujourd’hui sur une carte du monde contemporain, l’île des Lotophages se situerait à Djerba. Tunisie. C’est de là d’où vient Achref, la soixantaine, très discret sauf au petit déjeuner où il nous raconte son secret pour faire le meilleur thé à la menthe qu’il se prépare lui-même dans un thermos grâce aux feuilles de menthe que lui a ramené en scred un des aides-soignants, comme une infirmière de l’huile d’olive à Françoise, il y a peu. Ni Achref ni Françoise ne révéleront qui sont leurs dealers de menthe et d’olive. Mais on les aime, ces deux dealers là.

Il y a parmi nous toutes et tous, une empathie, un calme, un respect. Je mesure d’autant plus ce que ce qui va se jouer en sortant : la menace de la rechute, est bien là.

Mais, ce matin, quand je suis allé participer pour la première fois à cet atelier où il s’agissait pour chacun des patient.e.s d’apporter un texte ou un court extrait de texte que l’on voulait partager avec les autres, qui, à leur tour, liraient un passage de ce qu’on avait apporté, comme ça, comme on dit «lecture à vue » dans notre métier, c’est-à-dire, sans découverte, au préalable, ni du sens, ni du sujet et encore moins de la ponctuation, j’ai été bouleversé par Micha, ce jeune homme ukrainien qui tout à coup a pris le relai d’un paragraphe de ce monologue de David Léon, « Serons-nous humain ? », où comme dans la plupart de ses textes, le jeune auteur contemporain fustige la race humaine. Après que Jean-Jacques, qui avait apporté ce texte, ait lu deux ou trois pages, il m’a passé le relai, pendant que Manuella, qui menait l’atelier, écoutait en fermant les yeux. J’y ai mis toute ma verve sur-articulée de l’acteur professionnel que je suis et qui, s’il n’est pas dirigé correctement, en fait toujours des sur-caisses, surtout si c’est du David Léon, lui qui n’y va pas avec le dos de son clavier. Et puis soudain Micha et son accent ukrainien a pris le relai. Il était tellement fébrile à l’idée de rater une syllabe, d’écorcher un mot, de prononcer un accent aigu de manière grave, que tout à coup la rage un peu pénible parfois de Léon dans laquelle bien souvent je retrouve ce qui m’exaspère chez moi quand j’ai décidé de tout péter, devenait l’ersatz d’un chant lyrique à la gloire d’une humanité presque mais pas tout à fait perdue. Et quand il a dit, en s’excusant les yeux plantés vers ses tongs alors qu’il faisait froid dans cette pièce du sous-sol de la clinique, « je m’excuse je suis nul je suis novice », j’ai de nouveau chialé (ah oui, ça continue). Mais c’était des larmes pleines de joie, comme celles qui ont coulé quand j’ai entendu Tom ânonner pour la première fois une phrase de Tybalt dans Roméo et Juliette qu’on avait monté l’été dernier en plein air avec ces élèves au bord du décrochement scolaire du collège Berthelot du Mans à l’orée d’une forêt où quelques rares spectateurs -leurs familles essentiellement- étaient venus découvrir, stupéfaites, que leurs enfants pouvaient jouer du grand Will, en faire entendre le sens, se l’approprier, et même créer de l’émotion, alors que l’Education Nationale avait tatoué sur leur front depuis la fin de la maternelle « Boulet ». Ces parents qui pouvaient venir avec leur caméscope et leur appareil photos jetable, quand ils ne travaillaient pas à cette heure-là et étaient encore – résistants !- de ceux qui s’intéressaient à leur enfants, considérés comme les mauvais élèves de l’établissement par le staff qui sait mieux qu’eux ce qui est bon pour eux, ou encore ceux qui avaient dit, au début, « sans moi ! » parce qu’ils estimaient ne pas avoir la tenue adéquate pour venir écouter du Shakespeare comme s’ils fallait s’y présenter déguisés comme ces vulgaires bourgeois qui viennent ronfler devant l’insupportable ronronnement de Guillaume Gallienne à La Comédie Française à l’heure de la sieste, mais qui, finalement étaient venus en survêt et baskets, et c’est évidemment en survêt et baskets qu’il faut venir au théâtre (puisque les cravates servent à étrangler les instits arrogantes pour celles et ceux qui suivent). Evidemment il y avait aussi le père de Jonathan qui avait promis d’être là mais avait entre-temps été placé en garde à vue, ou la mère alcoolique de Nicolas qui malgré ses promesses répétées, n’aura jamais répondu à l’invitation. Nicolas était toujours le dernier à quitter la scène après chaque rappel lors des applaudissements. Tout simplement parce qu’il regardait un à un, rangée après rangée, le public tout entier pour voir si elle était là. Je n’ai jamais vu Nicolas pleurer. Il marmonnait toujours je ne sais quel morceau de je ne sais quel rappeur, une oreillette enfoncée dans l’oreille gauche pendant que de l’autre écoutait les notes d’après spectacle que je leur faisais pour que la représentation du lendemain soit encore mieux que celle d’aujourd’hui quand bien même le mieux est l’ennemi du bien..

C’est tellement beau le manque de confiance qui s’avoue comme on dirait s’assume, la fébrilité qui accouche d’elle-même, la maladresse qui déboule sans prévenir alors que l’acteur entreprend tout ce qu’il peut pour faire entendre des mots qui ne sont pas les siens. Moi, ça, ça me bouleverse, quand toi, tu me chier la bite, avec tes attitudes de princesse et tes pastilles Euphon dès qu’il te faut sortir du taxi sans parapluie pour rejoindre cette entrée des artistes dont tu as oublié le code et donc évidemment c’est l’assistante qui va se faire fusiller parce que « -MAIS VOUS POUVEZ PAS M’ENVOYER LE CODE PAR TEXTO TOUS LES JOURS A LA MEME HEURE POUR M’EVITER D’ATTRAPER LA MORT DEVANT LA PORTE DEROBEE QUE J’EMPREINTE POUR EVITER LES JOURNALISTES COMME C’EST LE CAS PRESENTEMENT, HELENE ? MERRRRRDEEEUUUH ! MAIS C’EST QUOI VOTRE BOULOT ? -Vous n’avez pas reçu la feuille de route, Isabelle ? -LA FEUILLE DE ROUTE ? LA FEUILLE DE ROUTE ? MAIS VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE J’AI QUE CA A FAIRE DE RECEVOIR DES FEUILLES DE ROUTE ? MAIS VOUS ETES VRAIMENT TOTALEMENT HORS DU MONDE, MARJOLAINE ! -Je vous envoie le code tout de suite par sms, Isabelle -OUI. MEEEEERRRRCIIIIIII. AH ! ET PUIS J’AI DU OUBLIER MES LUNETTES DE SOLEIL DANS LE TAXI MERCI DE M’EN COMMANDER UNE PAIRE POUR L’APRES REPRESENTATION DE CE SOIR, CLAIRE-HELENE, HORS DE QUESTION QUE JE SORTE DU THEATRE SANS ! -Mais le spectacle se termine à 23h45, Isabelle. -ET A-LO-REUUUH ? QUEL EST LE RAPPORT ! BON. ECOUTEZ. J’AI PAS DE TEMPS A PERDRE AVEC VOUS MARIYLAINE, MOI JE JOUE MA VIE SUR SCENE CHAQUE SOIR ALORS ENVOYEZ MOI CE SMS IMMEDIA/

Soudain Isabelle n’a plus de batterie, la pluie battante se fait tempête, Maryline et sa bande meufs fluorescentes entourent la star et lancent leurs bâtons de majorettes au-dessus d’elle, qui, pour être déjà pas bien grande, paraît soudain si minuscule. Et c’est Micha, Adama, Nicolas, Léane, Lythane, Flavie, Gladys, Mevin, Evan, Doriane, Tom, Rayane, Evan et Lucas à qui on déroule soudainement le tapis rouge dans lequel Isabelle vient de se prendre les pieds.

Dans ma dictature ça se passe comme ça. Et Roméo et Juliette ne meurent pas. Ce sont leurs vieux qu’on empoisonne.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :