Jour 11 depuis cette chambre 105

Jour 11/ Vendredi 10 avril 2020. 08h52.

Ce matin c’est pas l’autrice de « Baise moi » qui m’a sorti du lit, mais Gontran S. Gontran est auteur, aussi. Dramatique. Un poète qui trace dans ses partitions des histoires futuristes et politiques dans lesquelles l’homme a foutu un tel bordel que des femmes se retrouvent seules avec leur fils unique à chercher comment survivre dans cet après catastrophe où les animaux ont repris leur place et leurs droits jusqu’au beau milieu de ces avenues où, dans le temps d’avant, des mecs en costards n’avaient qu’à lever la main pour heller un taxi. Sauf que désormais, dans le monde de Gontran, ce sont des pachydermes et des lions qui traversent les rues au bitume défoncé, que, depuis les fenêtres de ce qu’il reste de leurs appartements dévastés, ces femmes seules et un peu folles observent avec leur fils unique reprendre leur territoire par des êtres vivants, animaux sans raison, dit-on, maintenant que les héritiers des Lumières ont tout cramé.

Gontran est un visionnaire. Ce grand type -par la taille et cette gentillesse vraie qui le caractérise- aurait fait naître n’importe quelle théorie du complot toute pétée, si, comme dans un monde normal, il était publié au moins autant que Virginie et que tout le monde lisait ses histoires apocalyptiques prémonitoires. Je vois déjà les posts sur Twitter à base de « Hey les gars arrêtez tout relisez vite sa dernière pièce : le gars avait prévu le grand bordel dans lequel on est depuis bientôt un mois, enfermez-moi ce type avant qu’il se mette en tête de transmettre son art à des jeunes gens qui auraient l’idée saugrenue de devenir auteurs de théâtre à leur tour. Hashtag Ça me Fout En L’Air. »

Gontran m’a sorti du lit pour me faire taper sur mon téléphone le 0145247000. Ce que je vous jure que j’ai fait en vrai ! Persuadé qu’il était bel et bien l’invité de Demorand et Salamé et à qui j’avais envie de poser la question suivante : « Bonjour Mr Gontran. Tout d’abord bravo pour l’ensemble de votre oeuvre que je trouve très chouette. Alors voilà ma question : pensez-vous que l’écriture dramatique puisse encore prétendre réveiller la moindre conscience chez vos lecteurs à l’heure où on ne sait même plus comment s’écrit Podemos à peine trois mois après son arrivée dans le gouvernement de ce pays européen qui comptabilise aujourd’hui après l’Italie le plus grand nombre de morts depuis qu’on est bouche bée et masquée comme les cons finis qu’on finit par devenir dans vos œuvres publiées aux Éditions Espace 34 ? Gontran aurait commencé par se racler la gorge et puis m’aurait fait cette réponse : « Elle est chouette votre question, Mr Bilou, mais un peu vaine. Croyez-vous sérieusement qu’on écrive dans l’espoir de changer l’humanité ? C’est bien plutôt pour la fuir un peu qu’on ouvre notre Macintosh ! » Demorand aurait enchaîné : « Et maintenant la question, au standard, de Maryline, adolescente du lycée agricole de j’ai pas bien compris où pardonnez-moi Marilou , alors, allez allez-y, mais faites vite on a plus beaucoup de temps j’en suis fort désolé mais, s’il vous plaît articulez bien s’il vous plaît, parce que c’est quoi, cet accent Marilou ? ». « MA-RY-LI-NE ». « Oui, alors, bon, pas non plus besoin de hurler, hein, Caroline, on est tous un peu nerveux eu égard à la situation du moment mais s’il vous plaît tachez de garder votre calme comme je tente de le faire avec mon humilité ! On vous écoute! Gontran est tout ouïe ». « Il est bas-normand, mon accent, ça te pose problème, Demoncul, de toutes façons c’est pas à toi que je cause alors ferme bien ta bouche c’est ma minute à moi. » Elle lui aurait dit ça comme ça, direct, Maryline, avec son accent bas-normand et sa franchise qui n’en à rien à secouer des conventions. Maryline est grosse. Elle fait du twirling moulée dans des tenues fluos improbables et elle s’en fout comme du CV de Demorand, qu’on puisse la regarder en souriant quand elle fait ses figures acrobatiques avec son bâton de majorettes, elle, qui l’année dernière, alors élève en 4ieme Segpa, avait joué dans Les Troyennes d’Euripide qu’on avait monté dans un stade d’athlétisme, avec cette cheville coincée dans une attelle qui ne l’avait pas empêchée de faire les tours de cette piste qui nous servait de plateau de théâtre et que j’avais demandé aux quatre messagers du show, dont Maryline, de traverser à toute berzingue et à plusieurs reprises. Elle y avait tenu : « Non mais Monsieur j’ai dit que je courais donc je cours et ‘jcourrai et picétout ». Tête de mule. Attelle ou pas attelle. Ok meuf, t’es la patronne.

Oui du coup j’en profite pour exprimer ici mon plus grand mépris à l’égard de ces actrices qui -au prétexte qu’elles ont un léger syndrome grippal- font annuler des représentations. Vous vous croyez où, les vedettes Leader Price, là ? Vous aussi on va s’occuper de vous un peu plus tard : on va vous cisailler les gambettes comme Sarah Bernhardt et on verra si tu pourras encore bégayer L’Aiglon, la fragile ! Mais laissons de côté ces histrionnes bien plus douées pour faire des shootings dans Biba que pour articuler trois phrases audibles pour les gens du troisième rang, qui -les cons- payent le prix d’un concert de Johnny pour passer une soirée entière à chuchoter en boucle à leur voisin « qu’est-ce qu’elle a dit ? T’as compris ? j’ai pas compris ! » avant d’aller boire un verre de vin à 15€ les 25 décilitres même pas déçus de leur soirée -les cons- puisqu’ils auront vu en vrai la meuf qui heureusement dans Biba ne parle pas et qui n’a pas daigné venir saluer à la fin parce qu’elle a un syn-dro-me grip-pal, on t’a dit, t’es bouché ? 

Dans ma dictature donc, expression qu’aime à répéter cette autre pote elle aussi toute nouvellement maman et qui est ma pote comme on dirait ma sœur, Maryline pose cette question à Gontran : « Quand est-ce que tu reviens nous faire faire ces ateliers d’écriture Gontran, ça me manque, toi qui t’en fous des fautes d’orthographe et des ratures tant qu’on cherche à écrire notre vérité plutôt que des poèmes qui riment avec je t’aime ? ». Et puis pendant que Gontran-toujours-content, comme l’appelaient les élèves parce que ce grand mec avait toujours cette gueule d’enfant qui sourit tout le temps, même quand il lui arrivait d’être malheureux, voire très très malheureux, Gontran-très-très-malheureux avait toujours cette gueule de Gontran-toujours-Content, même quand sa vie était plus apocalyptique que ses fictions. C’était comme ça, et Gontran-toujours-content était ce matin de mon onzième jour de sevrage, l’invité du 7/9 de France Inter, quand tout à coup voilà-t-y pas qu’il se met à prendre des nouvelles de toute cette belle bande qui avait joué la fin de la guerre de Troie devant un public archi conquis aux larmes tout simplement parce qu’ils et elles avaient beau être un peu gauches, y a avait du nerf, des trips, de l’engagement, de la générosité, du sens, de l’inattendu, du collectif, des larmes qui venaient quand Lucas bégayait mais y’arrivait, des rires incontrôlables quand Flavie jouait les Marlène Diétrich, un immense respect pour Maryline et son twirling, un silence que Doriane ou Gladys seules imposaient, la famille de Rayane toute entière dans les tribunes l’entendre hurler « ZEUSSSSS » quand d’habitude c’était dans des tribunes de foot qu’ils et elles venaient le voir marquer des buts, la beauté d’Evan, évidente, de celui qui ne sait pas qu’il est beau, et qui, avec une simplicité déconcertante, jouait sans jouer -ce qu’on cherche tous à faire en vain, nous les professionnels de la profession. Et puis Mevin, le plus grand des timides que je n’ai jamais eu a rencontré. Donc le plus bel acteur que j’ai vu jouer. En gros y avale théâtre, quoi ! Bouleversant. Car ces Troyennes, je les avais vues, ce spectacle-là, je l’avais vu ! Pendant que Maryline racontait à Gontran-Toujours-Content, que la moitié de tous ces gens avaient quitté l’école ou la région ou les deux, alors qu’un bon tiers avait redoublé, mais qu’elle et Tom étaient passés en 3ième et comptaient s’inscrire à l’atelier du mercredi du théâtre d’à côté qui n’était pas fameux mais bon, c’est déjà ça, Demorand piquait du nez en pensant à la prochaine soirée qu’il passerait avec Beigbeider et Léa Salamé levait les yeux au ciel en pensant au bon temps où l’état de grâce c’était quand Nicolas Hulot venait annoncer rien qu’à elle et en direct sa démission. Jusqu’à ce que, miracle inattendu, deus-ex-machirêve : le bâton de majorette de Maryline traverse le standard de France Inter et vienne se planter entre les deux yeux de Léa Salala qu’enfin elle finirait par baisser quand dans le même temps un crochet du gauche de Virginie Despentes venait réveiller Demorand et, du coup, moi, en même temps.

Dans ma dictature, c’est Maryline qui tient le premier rôle, et après le show on boira du vin en cubi dans des verres en plastique pendant qu’elle nous proposera un after spontané avec son bâton de majorette. Flemme de vous, les vedettes. Je vous conchie et même je vous fais un croche-pied dans cet escalier du théâtre du Rond-Point en bas duquel vous attend Catherine Deneuve qui elle non plus n’a pas compris un traitre mot de ce que l’auteur, suicidaire depuis qu’il a assisté à La Générale, avez écrit spécialement pour vous.

J’avais été tant exalté, boulversé, enthousiasmé comme jamais par ce que j’avais vu ce soir-là, qu’en rentrant chez moi, seul, j’ai écouté L’idole des jeunes de Johnny en pensant à Gontran et cette chance qu’il avait de travailler avec tous ces mômes plutôt qu’avec ces actrices Biba et dans cette soudaine solitude insupporable qui avait suivi l’exlatation unique d’une collectivité joyeuse rénuie autour de cette chimère qu’est le théâtre, je m’étais fait une ligne de 3, puis deux, puis trois, puis Grindr, puis un gars, pui deux puis trois, puis le souvenir qu’en plus demain matin, mon cours de Body-Pump en salle était annulé. Alors YOLO ! Conjurer le sort de la solitude par le pif et la conso de mecs aussi seuls et tristes que moi. J’aurai tellement aimé que Maryline me balance son baton de majorette en pleine gueule cette nuit-là, parce que sur ce coup-là, il ne s’agissait pas d’un rêve et encore moins d’aller au Bois-Joli. C’était en mai 2018 et ça faisait tout juste un mois que je consommais et surtout- piège ultime- que je commandais.

Mais quand ce matin au saut du lit, la standardiste, la vraie, de France Inter, a décroché, cette fois je me suis pris le retour de bâton de Maryline. J’avais vraiment, pour de vrai, appelé France Inter depuis ma chambre 105 pour causer décentralisation théâtrale avec Léa Salamé alors que j’étais on ne peut plus décentré de moi-même depuis le début du sevrage ? wwo.

Alors j’ai raccroché et chuis allé direct jeter un œil sur mes notifs privées d’Insta qui avaient fait leur apparitions pendant la nuit.

La première, c’était mon Dyvan, qui me demandait des news. C’est mon Dyvan parce c’est comme ça que je l’appelle depuis bientôt 25 ans. Depuis cette année-là où on avait décidé de monter Art de Yasmina Réza dans lequel il jouait Yvan, moi Serge, (c’est d’ailleurs peut-être depuis Serge et Réza que je lis Sénèque, comme quoi, la vie…) et puis le troisième était un gars plutôt simple, un peu plus normal que nous et qui préférait jouer au baby-foot en buvant de la grenadine les soirs de Premières pendant que Dyvan et moi on buvait des bières à la santé des écoles nationales qui finiraient bien par nous faire une place. Dyvan est mon Dyvan ami depuis plus de vingt-cinq ans et je l’appelle Dyvan parce que dans la maison de campagne de ses parents où on allait faire la fête je finissais souvent ivre de vodka à dormir sur le divan qui était contre la bibliothèque du bureau de son père, psychanalyste. Dans cette fac de Lettres du Mans, au sein de cette troupe de théâtre, La Tirade, dont on avait poussé l’ancien bureau à démissionner pour devenir à notre tour, Président, Vice-President, Trésorière et Secrétaire, on était toute une bande, une bonne vingtaine, dont la mère de mon fils, à avoir trusté tous les postes à responsabilité parce qu’on voulait faire de cette troupe une asso encore plus prolifique qu’elle ne l’était déjà et qu’on avait de l’ambition et la confiance. Voire de l’orgueil. Parfaite trinité des acteurs si on y ajoute quand même un peu de courage et pas d’abonnement chez Biba.

Aujourd’hui de toute cette bande d’étudiantes et d’étudiants qu’on était, une bonne vingtaine en tout, on fait ce métier, ou presque. Saltimbanques. Certains qui avaient un talent fou, notamment pour l’écriture, mais que la vie a dispersé, commencent à se dire, même vingt-cinq plus tard, « tiens, si on s’y remettait un peu, juste histoire de constater qu’on a rien perdu de ce qu’on a laissé filé parce que la vie, tout ça … » Fernando, lui, est devenu ce photo-journaliste un peu confidentiel qu’il a toujours voulu être mais sans se mettre la pression. C’est lui qui interprétait Marc, dans notre mise en scène de Art, pendant que les autres montaient des pièces de Noëlle Renaude, Catherine Anne, ou, pour les moins exigeants, du Eric-Emmanuel Schmitt. On avait bien essayé de faire chanter Fernando dans le spectacle mais pour lui c’était hors de question. Il avait pourtant une voix qu’on avait jamais entendu et, avec Dyvan, on était chauds pour carrément faire de Art une comédie musicale, un truc unique et original, puisque la pièce avait déjà été montée plein de fois par des mecs connus et que nous aussi on aurait pas trouvé ça dégueu d’avoir l’air un peu connu. A vingt piges, je me voyais bien offrir une Porsche à mon père. Quand j’y repense, ça me soulage tellement de ne pas être Pierre Arditi. Jamais j’aurais survécu à une Benjamin Griveaux et Dionysos sait si j’en ai donné moult occasions à moult je ne sais même plus qui depuis les prods et les nuits où je ne me nourrissais parfois que de bonbons Haribo.

Enfin, c’est quand même un peu dommage pour Fernando, parce que lui, c’est sûr, il aurait pu faire une carrière aussi longue que Johnny, mais sans drogue, parce qu’à vingt ans, il avait une bordel de tête pleine d’intelligence, de malice et d’humour, mais pas forcément encombrée par ces ambitions qui noient le présent, contrairement à nous tous, où, après chaque spectacles où -fuck humility- l’amphi était toujours bondé d’étudiantes et d’étudiants qui nous prenaient pour Les Beatles alors qu’on avait compris qu’on était plutôt les Rolling Stones du Mans : j’en veux pour preuve tous nos 06 qu’on a bien gardé précieusement et le plaisir sans cesse renouvelé qu’on a à se retrouver encore de temps en temps les uns les autres au Chicago Bar, qui n’a certes rien à voir avec Londres d’où viennent Jagger et sa bande, okok, mais qui servait de cette très bonne bière brune qu’on était un certain nombre à boire à l’époque. Fernando, lui, son kif, c’était plutôt de filer par la sortie de secours, d’oublier très vite qu’on venait de faire un carton dans cet amphi qui nous servait de théâtre deux fois par mois, de nous laisser aller boire des bières et des bières et des bières pendant que lui allait discrétos rejoindre sa meuf de l’époque, Agnès, avec qui il pouvait passer des heures à discuter de tout de rien dans son deux-pièces. Je suis sûr qu’il ressentait plus d’émotions, que nous tous, ivres morts, à fêter Les Molière qu’un jour on aura parce qu’il était hors de question qu’il en soit autrement à cette époque où seul un mec comme Fernando préférait regarder ailleurs quand nous tous on était en pleine compète qu’on ne re perce pas : qui de nous aura ce Molière en premier ? Qui ? A cette époque c’était pas la taille de nos bites qu’on comparaît, même si, déjà, j’avais tenté à plusieurs reprise, ivre la nuit et pétri de cette honte matinal -honte qui décidément doit être mon signe astrologique- de glisser ma main vers les caleçons que Fernando et Dyvan portaient quand il m’arrivais de dormir chez eux dans ces temps-là où nous n’avions pas de chambre d’amis et pour la multitude d’amis qu’on était. Tellement amis qu’ils ne m’ont jamais cassé la gueule au réveil.

Bref. Revenons à nos moutons que je n’ai nul besoin de compter depuis onze nuits grâce aux cachets : Dyvan et sa notification Insta, donc : « Coucou mon lapin (il est mon Dyvan, je suis son lapin, ça fait 25 ans que ça dure et vous allez rien faire du tout), j’espère que tu tiens le coup dans cette clinique que je connais bien puisqu’il m’est arrivé d’y accompagner un ami auteur, qui n’est ni jean-Michel Ribes ni Eric-Emmanuel Schmitt et qui, si je me souviens bien, est située juste en face du Parc des Princes. »

Wait.

Attends.

Répète-moi ça.

Le Parc des Princes ?

J’ai relu le message deux fois pour être sûr.

Parce que le Parc des Princes pour moi c’est un souvenir très particulier. Et autant j’avais bien vu depuis le premier jour qu’il y avait un stade en face de la clinique, autant j’avais pas du tout capté qu’il s’agissait du Parc des Princes.

Là où Johnny a fêté ses 50 ans. Un de ses plus beaux concerts qu’on a encore en DVD chez mes parents et dans lequel, au milieu du show, Johnny invite son fils David à venir jouer de la batterie sur ce qui est depuis mon morceau préféré du Patron malgré les paroles un peu misogynes. Oh ma jolie Sarah.

Rares sont les souvenirs que j’ai où je pouvais partager un bout du canapé Conforama pas cher et inconfortable avec mon daron sans qu’on se dise un mot et sans que ça gène aucun d’entre nous deux. Mais quand ce morceau-là passait sur l’écran pas du tout 16/9ieme qu’on avait à l’époque, on remuait juste la tête au rythme de la batterie sur laquelle David Hallyday s’évertuait à faire sa meilleure perf pour les cinquante ans de son père devant des milliers de personnes. La vidéo est sur YouTube et ce matin bah ça m’a fait chialer (oh ça va, j’ai le droit : j’ai pas versé une seule larme depuis la mort de Johnny en vrai alors laissez-moi… uhuh …). Il faut voir comme le fils grimace en permanence pendant la durée du morceau, comme si tous les muscles de son visage voulaient prouver quelque chose de définitif au Patron qui était son daron -comme ses biceps qui frappent l’instrument avec cette force qu’il avait dû garder intact depuis que, petit, son père l’avait largué avec Sylvie Vartan, et qu’il avait dû se jurer un jour, de libérer si ce n’est sur son père, au moins devant lui. Et c’est devant lui, ce jour-là, face à des milliers de personnes venues célébrer son père, que définitivement il lui avait prouvé quelque chose : je suis David, je suis là, j’ai fait de ma colère l’instrument de ma musique à moi alors regarde bien comme tous mes muscles ici ce soir pour toi se mobilisent. C’est très beau d’ailleurs de voir le sourire et la tendresse fière avec laquelle Johnny, sapé n’importe comment par un costumier qui depuis j’espère s’est fait radié de Pôle Emploi, regarde son fils unique tout donner sur sa batterie. Très très beau, même.

Mon frère, né trois ans après moi, joue de la batterie. C’est son métier. Il est batteur. Et dans l’histoire des relations pères-fils qui sont souvent complexes et dont j’aimerais quand même un jour pouvoir poser l’écriteau « solde de tous comptes » et bah c’est lui, le batteur, à qui toute son enfance on a répété en permanence qu’il était insupportable. Lui, le King Rouquemoute, qui m’a battu. Car il supporte, lui, avec une force qui m’impressionne, ce qui moi me rend fou aujourd’hui et qui lui le fait taper sur sa batterie sans que la moindre grimace apparaisse. Respect, frangin. Ton homosexualité, elle est à toi, rien qu’à toi, et tu n’en fais pas un étendard que je ne peux, pour l’heure ne pas faire de ma bisexualité.

Respect KIng Rouquemoute !

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :