Jour 7 depuis cette chambre 105

Jour 7/ Lundi 06 avril 2020. 21h12.

Il y a huit jours, à cette heure-là, j’avais déjà fait mes bagages, la vaisselle, une lessive, passé l’aspirateur, vidé le frigo, sorti les poubelles, envoyé quelques messages à des gens qu’il me fallait prévenir mais pour qui j’avais reculé l’échéance, dont un avec qui je trinquerais par téléphone à l’heure de l’apéro avec ce verre de Côtes du Rhône dont évidemment je finirais la bouteille tout seul, appelé mon fils et sa mère les entendre une fois de plus encourager cette démarche qui les chamboule évidemment, préparé l’assiette dans laquelle j’avais écrasé les derniers cristaux de 3mmc que je comptais bien me coller dans les nasaux pour stimuler les heures de branle à venir sur Dirty Roulette -quand je dis des heures je ne me paie pas de mots : je pouvais easy m’agiter le zgègue six à sept heures non stop jusqu’à me brûler l’extrémité du prépuce que je badigeonnerais ensuite de Cicalfat, sans avoir même, ironie du sort, éjaculé pour évacuer tout ce séisme entretenu au Viagra jusqu’à 300 ou 400 mg ingurgités à chaque sessions devenues sur la fin des sessions solitaires. Ce soir-là, donc, la veille de ce départ volontaire vers la chambre 105 depuis laquelle j’écris chaque jour maintenant, j’avais aussi roulé les deux joints qui me serviraient à redescendre vers les 5h du mat’ grand max que je m’étais fixés comme dead-line (oh la belle expression !) histoire de dormir au moins six heures avant de me lever pour ce qui serait donc le premier jour du reste de la chanson de Daho et qui commencerait à 11h, par une bonne douche pendant que le Malongo coulerait, ce lundi 30 mars là.

Ce lundi 30 mars là qui se trouvait être le jour anniversaire de cet ami avec qui j’avais sifflé, via notre conversation téléphonique, la veille, deux ou trois verres de cette bouteille de Côtes du Rhône que j’avais fini seul donc, lui qui avait tapé Chemsex dans la barre Google de son navigateur suite au texto que je lui avais envoyé deux jours plus tôt. « Mon cher Bilou, m’avait-il dit quand j’avais décroché, j’ai beau avoir demain 69 ans qui comme tu le sais pour le vieux pédé que je suis n’est pas un nombre anodin, cinq minutes seulement m’ont suffit sur Internet pour comprendre que tu n’avais pas fait semblant avec ton zizi et que c’est une bonne chose de prendre soin de toi quand bien même tu sais que je ne te parle pas là de morale, tu me connais, tu me sais ! ». Ce vieil ami qui n’est pas vieux du tout et qui ne disparaîtra pas avant Finkielkraut, je lui interdis.

Et puis après la douche et le café sucré de ce lundi 30 mars 2020, tu videras le cendrier laissé sur la table du salon que tu avais quitté presque en rampant vers les 05h que tu avais respecté, bravo Bilou, et tu rinceras et même carrément jetteras l’assiette dans laquelle plus un trait de poudre ne subsisterait, tu chausseras tes Stan Smith, mettras la valise dans le coffre de la 307 garée pas loin, après avoir fait ce chèque de caution qu’on te réclamera à 14h en arrivant à la clinique du Bois-Joli. C’était donc il y a une semaine et malgré tout tu avais bien rigolé avec cet ami qui t’avait interdit de lui chanter le lendemain de notre coup de téléphone la chanson de Birkin et Gainsbourg qui lui rappellerait l’âge qu’il fêterait donc ce jour-là. Une semaine. Bordel. J’ai beau passé par des moments émotionnels chelous, des pics de rires, des montagnes de chialade, j’ai pas envie de boire autre chose que de l’eau gazeuse, encore moins de taper, même en citant Gainsbourg et Birkin.

Mais pour la première fois tout à l’heure je me suis dit « tiens, je prendrais bien une petite taffe de ce joint » que F. est en train de fumer en me causant pendant ce visio Instagram qu’il m’a fait la surprise de me proposer alors même qu’il ignorait où je me trouvais.

Avec F., il y a quatre mois, on avait baisé quasi non-stop pendant les quatre nuits que j’avais passé dans l’hôtel de cette ville de tournée où désormais il vivait pour s’occuper de sa grand-mère Alzeihmer qui pouvait plus rien faire toute seule. Lui qui depuis longtemps ne voyait plus son père et en avait chié avec sa mère et qui pourtant gardait toujours en permanence bien collé sur sa belle gueule un des plus beau sourire qu’il m’ait été donné de voir dans ce monde où on a tous les jours mille et une raisons de faire la gueule. F. est un jeune garçon très beau, des tatouages un peu partout -même si parfois un peu ratés, pense-t-il, alors que non-, des inscriptions indélébiles qui te donnent tout le temps envie de le manger, ce que je ne m’étais pas gêné de faire cet été 2017 à Avignon où il habitait encore à l’époque et où son nez fréquentait un peu trop la cocaïne. L’été où je l’avais rencontré via Grindr, l’appli de l’enfer et de la luxure. On avait bien et même très bien baisé, même s’il tapait tout seul avant que j’arrive dans son appart dans lequel il m’accueillait son cul splendide moulé dans ce slip blanc à la bordure verte, cet enfoiré. On s’était bien et même très bien entendus, j’avais déjà même une tendresse inavouable pour ce gars qui -ça se sentait tellement derrière ce sourire magnifique et permanent- avait morflé bien comme il fallait et qui était bien décidé à ne plus se laisser prendre au premier piège venu qu’un sentiment naissant accompagne bien souvent d’une menace en forme de trappe qui pourrait bien d’un coup d’un seul s’ouvrir sous tes pieds, qu’il a très beaux aussi, d’ailleurs, au passage. On était même allé mangé au restaurant le deuxième soir et dès le premier on s’était donné nos prénoms mais pas encore nos 06. J’imagine à quel point ça peut vous paraître wierd mais c’est souvent comme ça quand on se connecte sur Grindr. Est-ce que les mecs qui inscrivent dans leur bio « cherche du sérieux » sont sérieux ? Hè. Ho.

C’est à sa chienne, à qui il a donné le nom de la déesse classée primordiale chez les grecs anciens et qui signifie aussi La Terre, qu’il donne sans compter tout l’amour qu’il a à refourguer. Comme si cet être-là, sa chienne Gaïa, était le seul être vivant sur lequel il pourrait poser ses pieds sans qu’aucune de ces putains de trappe ne s’ouvrent sans prévenir. Les pieds sur Terre, c’est primordial pour avancer dans la vie quand t’as un peu morflé. Anyway, jamais il ne posera ses pieds sur sa chienne. C’est pas un chien, ce gars.

F. le gars qui sourit tout le temps, alors que j’en suis sûr il doit pleurer souvent, l’a bien compris. Il faut se méfier des hommes. C’est pour ça que tout à l’heure quand il m’a appelé et que j’ai vu sa petite gueule ça m’a fait un bien fou. Je lui avais déjà dit que je comptais diminuer voire stopper la tape tant que je serais infoutu, comme lui en est capable aujourd’hui, de me livrer à ce type de récréation une fois de temps en temps et qu’avec des gens triés sur le volet. Comme ces quatre nuits-là, à Toulon, où bah dis donc bordel qu’est-ce qu’on avait baisé comme on dit faire l’amour ! Et on avait aussi, cerise sur les quatre nuits -et c’est certainement ça qui là tout de suite me fait couler quelques petites larmes alors que je souris, été se promener sur les hauteurs de la ville, s’asseoir sur un bout de rocher à regarder le paysage sans avoir besoin forcément de se dire grand-chose, et sans que le silence qui s’installait après nos heures d’acrobaties jouissives ne procure aucune gêne, comme pour ses vieux couples dont on aime bien se dire en rigolant qu’on en est un, pour plaisanter, mais aussi parce que, si, comme à tous les vieux couples, on se faisait un jour offrir un thermomix, et bah on aura plus besoin d’aller chez Mac Do bouffer cette merde qui après ces quatre nuits de baise amoureuse nous avait quand même fait un putain de bien tellement on avait faim d’autre chose que de 3mmc. Alors on avait bien baisé et quasi pas mangé pendant ces quatre jours.

Du coup tout à l’heure j’ai laissé F. fumer tout seul son joint face caméra et finalement je dois bien avouer que c’est pas une taffe mais bien plutôt un petit baiser que je lui aurais bien volé alors que sa colloc rentrait dans ce nouvel appartement qu’il partage avec elle depuis qu’il a dû partir de chez sa grand-mère Alzeihmer qui malgré elle lui en a aussi fait bien baver ces dernières semaines, et qu’il nous fallait abréger cet appel visio pendant lequel il n’avait pas cessé de sourire, me faisant un bien fou après cette toute première semaine du reste de la chanson de Daho.

Publié par chambre105

Jour après jour d’un confiné plus confiné encore que tous les confinés pour des raisons évidentes de sevrage. Merci à Komitid & Fred Colby pour ça 👇🏽 https://twitter.com/fred_colby/status/1251053629118861312?s=21

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